À la rencontre du monachisme cistercien

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Pour Pierre et Annette Jany, en hommage amical

   Cluny, la Chartreuse, Fontevrault, surgissent à partir du Xe siècle dans un monde angoissé par sa fin et en quête de Dieu. Mais de toutes les fondations il est indéniable que Cîteaux fut la plus importante, élevée au rang qu’avait connu Cluny au siècle précédent. Elle ne s’inscrit pas seulement dans la restauration de la règle de saint Benoît, elle est emmenée par un nouveau maître spirituel qui la fera connaître jusqu’aux extrémités de l’Occident chrétien.

Le monastère de Cîteaux fut érigé en 1098 par Robert de Molesme, avec vingt et un compagnons, au cœur d'une forêt profonde, près de Beaune. Le troisième abbé de Cîteaux établira la règle de l’ordre, portant avant tout contre toutes les formes de richesse monastique à un moment de l’histoire où elles s’affichaient de façon ostentatoire, surtout chez les Clunisiens. Si bien que, en dehors de l’obligation au travail manuel, la règle de Cîteaux renonçait à la possession d’églises privées ainsi qu’à la location des biens du monastère comme la coutume avait pris. C’est avec l’aide de frères convers que les Cisterciens géraient leurs biens, sans qu’aucun moine de chœur de ce même monastère s’en mêlât. 

C’est à Pâques de l’an 1112 que Bernard fit son entrée à Cîteaux. Né quelques vingt ans plus tôt dans une famille de la noblesse bourguignonne il y était si attaché qu’il fit entrer avec lui vingt de ses parents ! 

Le garçon ayant reçu une bonne formation littéraire était déjà familiarisé, en dehors de

la Bible et des Pères de l’Église, avec les écrits de Cicéron et de beaucoup d’autres auteurs profanes courus de cette époque.

Bernard cultive une foi radicale, délaissant les discussions sur les points litigieux du dogme ou même les paradoxes de l’Écriture. Car la raison, selon Bernard, n’a pas sa place dans l’étude des Textes et de la Tradition. Il n’est pas faux de ranger Bernard dans le clan des conservateurs. Il est en effet plus sensible aux témoignages du passé qu’aux découvertes de son temps. 

Aussi n’a t-il pas hésité à défendre l’ordre féodal, et surtout la division du monde en ordines, déduites de cette notion religieuse d’ordo qui détermine le genre de vie et la fonction d’un groupe humain. L’ordre du monde supposé voulu par Dieu, la société doit s’organiser selon un dessein providentiel, et donc mettre en place une structure socio-politique fixe, avec un ordo des chefs, un ordo des sujets, un ordo des riches, un ordo des vieux, un autre des chevaliers, chacun ayant sa propre tâche, à la façon des moines dans un monastère, le paradigme des règles monastiques devant s’étendre à tout l’univers social. 

L’ordre voulu par Dieu, comme le pensaient déjà saint Augustin ou l’évêque Isidore de Séville, cet ordre suffirait à corriger les vices des hommes.

Parce que Bernard portait une véritable dévotion à la Vierge, toutes les églises cisterciennes furent dédiées à la Mère du Christ. Bernard fonda l'abbaye de Cîteaux où il demeura jusqu’à sa mort en 1153. L’idéal cistercien suscita alors de nombreuses vocations. Trois autres abbayes sont fondées : La Ferté, dans le diocèse de Châlon sur Saône, en 1113, suivie par celle de Pontigny, dans le diocèse de Langres, et celle de Morimond dans la Haute Marne. Ces abbayes ajoutées à Cîteaux sont les têtes de cet ordre nouveau. Au XIIe siècle on compte trois cent abbayes cisterciennes, et un demi siècle plus tard plus de sept cents monastères d’hommes et encore un peu plus de femmes.

L’influence cistercienne fut immense dans toute l’Europe, où les moines firent progresser le christianisme, la civilisation, et la mise en culture des sols en jachère. 

 

Gérard LEROY, le 18 novembre 2014