Ézechiel : portrait (1)

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   Le personnage

Ézechiel est un prophète du VIe siècle av. J.C. Il est le fils d’un prêtre, Bouzi (1, 1). Le métier est héréditaire et se transmet de père en fils. Ézechiel fait donc parti du clergé du Temple de Jérusalem, donc de l’élite. Et l’on sait que seule l’élite fut emmenée en exil.

Ézechiel est un prêtre érudit, connaissant les mythes religieux du Proche-Orient, l’homme primordial, l’arbre cosmique; il est le seul à parler avec tant de précisions de l’origine ethnique de Jérusalem (16, 3) et à nous renseigner sur la vie politique et commerciale.

L’homme est complexe. C’est un moraliste, fougueux, passionné, mais aussi réfléchi, délicat, émotif, présentant parfois des faiblesses psycho-somatiques. Il s’affale sur le sol, il tient péniblement debout, s’enferme dans sa maison, et dans un mutisme de plusieurs jours. Mais c’est dire aussi le bouleversement que provoque chez lui et la rencontre de Dieu et la saisie de son dessein.

Le rôle d’Ézechiel ne s’en tient pas seulement à celui de prédicateur. Ézechiel est aussi écrivain. Il rédige ses expériences extatiques (1, 3; 8, 11; 37; 40-43), ses actions symboliques (3, 22), les paroles de Yahvé, partie importante du livre, les menaces, les exhortations, les promesses, des instructions. Bref, il est prolifique.

L’auteur est aussi correcteur; il adapte en effet ses prophéties au cours des événements qui s’étaient avérés contraires à ses prévisions

Le livre

Le livre d’Ézechiel situe son activité en Babylonie, où il a été déporté en 597. La prise de conscience de son appel et de son ministère prophétique se situe en 593 (en juillet précisément), car il est assez facile de cerner le cadre historique des oracles d’Ezéchiel. En effet, beaucoup d’oracles du livre sont datés avec précision, il est possible d’établir la fourchette suivante: 31 juillet 593 (date de l’oracle de vocation en Ez 1,1-2) et 26 avril 571 (date du dernier oracle en Ez 29,17).

On constate donc immédiatement que le ministère d’Ezéchiel recouvre en partie celui de Jérémie. Le contexte immédiat est celui de la prise de Jérusalem. En 597, la ville tombe une première fois aux mains des Babyloniens qui déportent le roi Joïakîn (qu'ils remplacent sur le trône de Jérusalem par son oncle Sédécias). Une petite partie de la population est déportée à cette occasion. Cette première déportation ne concerne que l’élite administrative et sacerdotale : prêtres, scribes hauts fonctionnaires, membres de la famille royale et artisans métallurgistes.

Très vraisemblablement, Ezéchiel fait partie de cette première déportation, puisque son ministère commence quatre ans plus tard en terre d’exil.

Le style de l’écrit

La complexité du message d’Ézechiel reflète sa nature. Ézechiel dispose d’un vocabulaire abondant, descriptif : il commence souvent ses prophéties par l’expression : “la main de Dieu fut sur lui” (3, 16-17); l’esprit de Dieu le saisit (2, 1-2).

Il brosse des tableaux colorés, ainsi les descriptions de Tyr qu’il compare à un navire (27) ou de l’Égypte, qu’il compare à un dragon (29. 32). La faute d’Israël est décrite : par des oracles longs, par des visions effrayantes, par des actions symboliques.
Ézechiel est attaché à reprendre les prophètes classiques qui l’ont précédé. Certains thèmes sont empruntés à Amos, à Osée, à Isaïe et surtout à Jérémie, son contemporain.
 

Pendant l’exil, où est Ézéchiel ? que fait-il ? qu’espère-t-il ?

Tandis qu’en Palestine continue la vie continue, diminuée, le vrai noyau de la nation est en Babylonie. Une partie des déportés s’adapte à cette vie étrangère

La déportation concernait surtout les gens des grandes villes, particulièrement de Jérusalem, et parmi eux les fonctionnaires, les prêtres, les artisans, autrement dit tous ceux qui présentaient un danger potentiel de révolte. Mais  il est vraisemblable que tous les prêtres ne soient pas partis en exil.

Jérémie a raconté que le chef de la garde personnelle de Nabuchodonosor laissa dans le pays les gens pauvres en leur donnant des vergers et des champs. Les conquérants avaient intérêt à ce que le travail soit fait, mais par une population privée des ressources qui auraient été nécessaires pour fomenter une éventuelle rébellion. Les méthodes des Babyloniens différaient en effet de celles des Assyriens. Les Assyriens qui avaient fait tomber l’ancien royaume d’Israël en prenant Samarie en 721, avaient fait venir des colons pour remplacer les exilés. Avec les Babyloniens il n’y a pas de nouveaux venus en Juda pour remplacer ceux qui avaient été exilés en Babylonie, et dont beaucoup d’entre eux se sont installés à Babylone.

Babylone : une telle mégalopole, 2, 5 km d’est en ouest, avec sa grande ziggurat au bord du fleuve et ses cinquante sanctuaires, ne pouvait qu’impressionner les visiteurs, surtout israélites. On se souvient du cri de Jérémie : “Babylone est une coupe d’or aux mains de Yahvé, elle enivrait la terre entière” (Jr 51, 7-8). De la tour de Babel il ne reste plus aujourd’hui que le fossé creusé autour des fondations.

Les exilés jouissaient d’une certaine liberté. Le prophète Jérémie n’hésitait pas à écrire : “Construisez des maisons et habitez-les; plantez les jardins et mangez-en les fruits; occupez-vous de marier vos fils et donnez vos filles en mariage pour qu’elles aient des garçons et des filles” (Jr 29, 5-7). De telles consignes révèlent les possibilités d’existence qui étaient celles des exilés.

Les Judéens emmenés en exil pouvaient mener une existence normale sur le plan matériel. Ils étaient regroupés dans les villages et consacrés par les Babyloniens aux travaux agricoles. Ézechiel lui-même habitait un village : Tell Abib (Ez 3, 15), situé près du fleuve Kebar.

Comment chanter un chant du Seigneur en terre étrangère ?”, se plaint le psalmiste (Ps 137, 4). De fait, il ne semble pas pensable pour les exilés de reconstituer en Babylonie un culte qu’ils n’envisageaient pouvoir se dérouler dans toute sa splendeur que sur la terre d’Israël.

En revanche, certaines observances religieuses, et pour marquer le culte des déportés, sont revalorisées. Ainsi en est-il de la circoncision, qui devient un signe de l’appartenance au peuple d’Abraham, ou du sabbat. Les fêtes d’Israël ne pouvant plus être célébrées les exilés risquaient d’adopter le culte des Babyloniens et les usages du pays. Les prêtres ont donc fait choix du septième jour de la semaine et l’ont appelé sabbat pour lui donner un aspect festif par référence à la pratique pré-exilique où le sabbat n’était célébré que chaque mois, au jour de la pleine lune.

Pendant ce temps-là, ceux qui sont restés en Juda ont occupé les terres et les biens de ceux qui étaient partis. On imagine les problèmes que cette situation a dû créer au retour de l’exil.

 

 

Gérard LEROY, le 19 juin 2010

 

  1. cf. G. LEROY, Des matriarches et de quelques prophètes de l'Ancien Testament, L'Harmattan, p. 85