L’avenir du christianisme menacé par la modernité ?

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Pour Maryline Lugosi, en hommage amical

   Il est devenu évident que nos sociétés modernes se présentent sous le signe du pluralisme. Un pluralisme qui véhicule parfois l’idéologie relativiste qui désespère de toute vérité et de toute hiérarchie des valeurs. Le relativisme, où toutes les opinions se valent, se généralise, comme si le mythe de Babel avait définitivement triomphé. 

Mais de même qu’il y a une mauvaise et une bonne tolérance, il y a un mauvais et un bon pluralisme. 

Il y a un bon pluralisme qui témoigne simplement d’une humanité nécessairement plurielle  et qui fait de la diversité une chance dans le dévoilement incessant de la vérité. Il vaudrait alors mieux parler simplement de pluralité. Lors de la construction de la Tour de Babel les langues ont été brouillées. C’était une malédiction. Mais Babel inaugure et signifie la nécessaire pluralité des langues et donc des cultures et des religions. Telle est la bénédiction et la chance qui correspond à un mystérieux dessein de Dieu qui “confondit leur langage et les dispersa sur toute la face de la terre”. Le texte révèle la visée de Dieu : “Dieu répartit l’humanité sur toute la terre” (Gn 11).

    La pluralité des langues, des cultures et des religions  a toujours existé, le monde a toujours été divers, mais si nous le savions nous ne l’expérimentions pas. Aujourd’hui, que ce soit à Mulhouse, à la Gare du Nord, ou à Londres, nous croisons des gens qui ne parlent pas la même langue, n’observent pas les mêmes rites, ne suivent pas les mêmes rythmes, qui ne partagent pas les mêmes symboles, qui n’ont pas les mêmes réflexes culturels. Tout cela s’est produit soudainement, à l’intérieur d’espaces qui, jadis, se caractérisaient par une homogénéité culturelle, linguistique, morale, comportementale, religieuse. Il est incontestable que nous en avons une conscience toute nouvelle. 

Les progrès de l’ethnologie et de l’histoire des religions nous confrontent à l’infinie diversité des systèmes, des institutions et des rites. Une enquête récente révèle que 39% des catholiques français affirment que toutes les religions se valent !  

Nous sommes aussi à l’âge d’un pluralisme culturel qui ne tient pas seulement à la diversité des langues et des origines géographiques. 

Le rupture radicale de la modernité avec le passé est évidente. La modernité est marquée par l'hégémonie de la technique et conséquemment par le positivisme. Il n’est donc pas étonnant d’entendre certains prôner le retour à la tradition philosophique et religieuse. Au risque de menacer la revendication d’indépendance de l’ensemble de nos activités sécularisées par rapport au religieux. 

En philosophie, nous sommes sensibles à la pluralité des interprétations. Dans le domaine éthique, on peut se réclamer d’un certain nombre de valeurs universelles tout en aboutissant à des conclusions différentes dans l’ordre des applications morales.

L’avenir de la foi chrétienne est ainsi confronté au double défi du pluralisme religieux et du pluralisme culturel. Il nous faut donc commencer par tenter de restituer l’expérience historique de l’Église au début du XXIe siècle. Ce serait l’occasion de réfléchir sur le rapport entre le pluralisme religieux et la diversité culturelle à l’âge de la mondialisation. Nous pourrions alors insister sur l’originalité de la foi chrétienne comme réponse à l’aujourd’hui de la Parole de Dieu. Avant que d’évaluer les chances du christianisme comme religion de l’Evangile dans les sociétés européennes placées sous le signe de la post-modernité.

 

Gérard LEROY, le 14 mars 2017