L’heure vient...

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Pour Pauline de Marmiesse, en hommage amical

   

                                     

   

 

À Jérusalem on prépare la Pâque. La foule est excitée. Les juifs, assez soupe-au-lait, font craindre l’émeute. C’est à cause de cela que les Romains préfèrent d’ordinaire résider à Césarée en Samarie, en bord de mer, plutôt qu’à Jérusalem. Les centurions sont sur leurs gardes. Jésus est venu à Jérusalem pour la Pâque. Le Galiléen Jésus de Nazareth est un semeur de trouble. D’ailleurs, il se dit partout en Israël que rien ne peut venir de bon de cette province du nord. Les Galiléens sont décrits comme des hommes frustres, bagarreurs dès l’enfance. Ils sont très mal considérés par leurs voisins du sud, les Judéens, dont ils sont séparés par la Samarie. 

Tandis que Jérusalem prépare la Pâque, Jésus se rend au Temple. Et là il sermonne les marchands du Temple jusqu’à dévaster leurs boutiques. On commence à le suspecter d’avoir rejoint les séditieux qui veulent libérer la Palestine du joug romain. Jésus est arrêté. On le convoque à comparaître devant le Sanhédrin, sorte de Cour suprême religieuse créée au retour de l’exil. Un témoin rapporte au Tribunal que cet homme Jésus a dit : “Détruisez ce Temple et je le rebâtirai en trois jours”. Le Grand Prêtre, courroucé, déchire ses vêtements, et s’écrie : “Cet homme blasphème, il mérite la mort.” Le sanhédrin condamne Jésus à mort. C’est Pilate, le procurateur, qui est seul à détenir le droit de vie et de mort en Palestine, qui va prononcer la sentence.

 La Cène

Que fait le juif Jésus, condamné, en attendant son arrestation ? Il rassemble ses disciples pour un repas spécial, une sorte d’anticipation cultuelle de sa mort annoncée. Ce repas est un repas d’institution d’une alliance nouvelle, et ceci en donnant un sens nouveau au pain et au vin qu’il partage, comme un chef de famille.

Deux mots sur l’importance du pain et du vin. “Manger du pain” c’est “prendre un repas”. La base de la nourriture sur les bords du lac de Tibériade est faite de pain et de poissons du lac. Dans l’imaginaire galiléen, le pain est rapproché de la pierre sur laquelle il cuit. Le pain est associé à la vie, la pierre à l’inertie. Dans la synagogue de Capharnaüm Jésus déclare qu’il est « le pain de vie (...), celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité » (Jn 6, 35-51). Aujourd’hui plus d’un milliard d’individus identifient la personne du Messie et le pain eucharistique.

Quant au vin, à l’époque, il n’est pas d’usage quotidien. C’est la boisson de la fête. À la différence de son cousin Jean-Baptiste, Jésus boit du vin (Mt 11, 19; 9, 17; Jn 2, 3.9.10). Le « vin nouveau » marque une nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes, et devient symbole des temps messianiques, du temps où Dieu doit venir. Mais avant de boire le vin dans le Royaume de Dieu le fidèle s’abreuvera de vin devenu, par la volonté de Dieu, le sang du Christ répandu pour les hommes. 

Voilà ce qu’opère ce dîner, qu’on appelle la Cène, du latin Cena, dîner du soir, qu’ont magnifiquement représentés une cinquantaine d’artistes-peintres, et plus récemment, le film de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » où le dernier repas des moines de Tibhirine reprend avec sobriété et réalisme les gestes de Jésus entouré de ses disciples.

 

Gérard LEROY, le 17 mars 2018