De l’indifférenciation des sexes

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Pour Roger Alingrin, en prolongement des pages 269 et ss...

   Ces dernières années ont surgi dans le débat public, en France mais aussi en Europe, plusieurs thèses relatives à la relation masculin/féminin mettant en cause les principes anthropologiques multiséculaires et universels. Si elles affichent de nombreuses questions inédites et invitent à la réflexion, il faut admettre que la “déconstruction des stéréotypes de genre” dont elles se font l’écho, voire le vecteur, constitue de fait une rupture culturelle.

Les défenseurs de la cause LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), voudraient déconstruire les notions mêmes de masculin et de féminin perçues comme des assignations normatives à bannir. Leur idéologie est au principe d’une lutte pour l’égalité des droits, mais au lieu de passer par l’égalité des sexes, elle passe par leur neutralisation, avec, pour but avoué d’en finir avec la séparation de l’humanité en deux sexes. D’où la naissance du terme “sexe neutre” retenu par certains magistrats. 

Le concept de “genre” n’est pas, en soi, sujet d’inquiétude, c’est en fait

le discours de “déconstruction” des repères qui l’accompagne qui interpelle. Distinguer le sexe biologique de l’identité de la personne, refuser de tenir l’union des sexes pour un destin universel n’est en effet ni menaçant ni choquant en soi. Mais toute relativisation de la sexualité est vouée à l’échec si elle se limite à une réflexion sur les “différents types de sexualité” comme on s’entête à la faire. Car la sexualité ne suffit pas à définir l’humain. 

Le problème surgit lorsque l’utilisation politique de positions scientifiques et/ou philosophiques conduit à une certaine idéologie orientée vers l’indifférenciation des sexes. Les problématiques sont plus larges et dessinent ce qui devrait être l’objet de l’approche.

On ne peut en effet faire l’économie des implications sur la procréation, la filiation et le rapport entre l’enfant et la société. Depuis un siècle, en Europe, le contexte du lien entre filiation et sexualité a été bouleversé. Jugeons-en seulement par l’hiver démographique dans lequel est entré notre continent, la chute de la mortalité infantile (passée de 11 % à 3 ou 4 pour mille en cent ans !), les progrès de la biologie et ceux conséquents de la médecine (maîtrise des technologies de la procréation, diagnostic prénatal, manipulations génétiques, etc.), enfin la distanciation entre le “conjugal” et le “parent”. D’où le caractère indispensable d’une refondation de la réflexion sur la sexualité dans la société moderne ; les chrétiens doivent y contribuer, car rien de ce qui touche à l’humanité de l’homme ne leur est étranger.

La réflexion ne s’attarde pas à traiter des “études de genre”, lesquelles relèvent de la sociologie et sont traversées par différents courants. De nombreux travaux dans ce domaine, loin de s’accorder, ont été motivés par la prise en compte de la souffrance des personnes vivant une sexualité mal admise par la société et qui les plaçait en marge de manière violente. La réflexion des chrétiens ne cautionne aucun discours discriminatoire, elle ne porte pas de jugement, mais d’abord un regard respectueux et accueillant.

Cette réflexion doit pouvoir s’articuler sur trois volets successifs. Le premier, sociologique et juridique, consiste en un diagnostic des diverses positions actuelles en regard de la loi, et liées aux domaines scientifiques, en tout cas symptomatiques du discours ambiant sur l’indifférenciation des sexes. Le deuxième volet ouvrirait les pistes permettant de ressaisir, d’un point de vue philosophique et théologique, les liens entre sexualité, personnes et Alliance. Reste alors à réfléchir à une réponse possible aux enjeux pédagogiques corollaires, en insistant sur l’éducation affective et sexuelle, devenue prioritaire dans une société désorientée. Ce serait l’objet d’un dernier volet. 

La planche ne manque pas de pain.

 

Gérard LEROY, le 28 février 2016