L’invention de l’écriture

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Pour Yves Giorello, en hommage amical

   C’est au cours du IVe millénaire avant J.C. que les Sumériens et les Egyptiens mirent au point la première écriture. Mais déjà bien avant, 8 000 ans avant J.C., en Syrie, on dessinait sur des jetons en argile tout produit qu’on voulait échanger, soit un mouton, une mesure de blé, ou une amphore etc. Vers 3500 avant J.C., en Mésopotamie, on ajouta à ces symboles la quantité qu’on voulait échanger. Ainsi tous les produits agricoles étaient représentés grâce à un dessin, un pictogramme, ou par un symbole conventionnel, un idéogramme

Les premiers écrits Mésopotamiens datent de la fin du IVe millénaire. Puis, vers 3000 ans avant J.C., d’autres signes furent introduits pour désigner un son, un phonogramme. À peu près dans le même temps, apparaissait en Égypte l’écriture “hiéroglyphique”. Le terme de hiéroglyphe est Grec et signifie “écriture sacrée”, l’écriture étant, pour les Egyptiens, un cadeau divin. L’écriture hiéroglyphique était à la fois phonétique, figurative et symbolique. Elle à été utilisée de la fin du IVe millénaire avant J.C. jusqu’au IVe siècle de notre ère. 

Vers 3000 avt J.C., au temps du déclin des grandes cités de Kish et d’Uruk, en Basse-Mésopotamie, les textes racontent “Les lamentations sur la destruction d’Ur” (Chaldée), ou “Gilgamesh et Agga de Kish”. Les documents sont essentiellement des tablettes d’argile couvertes de caractères cunéiformes où sont consignées, sur des milliers de tablettes sumériennes, les transactions commerciales, les actes juridiques et administratifs des Sumériens, ainsi que des œuvres littéraires qui nous renseignent sur leur religion, leur morale et leurs comportements.

Pressés par les exigences de leur organisation économique et administrative, les Sumériens imaginèrent une mémorisation par l’impression de signes sur des tablettes d’argile où furent consignés quelques unes de leurs activités. 

Au cours des siècles suivants, les scribes perfectionnèrent leur technique d’écriture. Vers 2500 avant J.C., en Mésopotamie, prévalait le système cunéiforme dans lequel chaque signe représentait une syllabe. Peu après les débuts du IIe millénaire se répandirent des milliers de tablettes et de fragments portant des œuvres historiques et littéraires dont la plus volumineuse fut exhumée des ruines de Nippur, à 200 km au sud de Bagdad, au cours de la dernière décennie du XIXe siècle. 

Au début du IIe millénaire., l’écriture était utilisée à des fins légales. La Stèle des lois a été composée sous la forme que nous lui connaissons, dans les dernière années du règne de Hammu-rapi, vers 1730 avant J.C. Le code de Hammurapi, visible au Musée du Louvre, reste un des grands classiques de la littérature babylonienne. À Babylone au XVIIIe siècle avant J.C., le texte législatif était étudié dans les écoles par les apprentis scribes et les futurs juristes. Il avait sa place à côté des œuvres littéraires dans les bibliothèques, depuis celle de Nippur jusqu’à celle qu’Assurbanipal qui sera rédigé à Ninive (l’actuelle Mossoul) au VIIe siècle avt J.C. 

Un millénaire avant que les Hébreux ne rédigent les premiers livres de la Genèse, soit bien avant le règne de Salomon, la littérature sumérienne comprend des mythes, des épopées, des lamentations, des fables. Un système d’écriture mixte s’est développé au début du IIe millénaire avant J.C., rassemblant les pictogrammes, les idéogrammes, les phonogrammes et les symboles numériques. 

Au XIVe siècle avant J.C., à Ougarit, une ville côtière au nord de la Syrie, une idée géniale jaillit dans l’esprit d’un scribe qui découvrait un mode d’écriture révolutionnaire : un alphabet simplifié, comptant trente signes. L’apparition de l’alphabet cunéiforme à Ougarit (l’actuelle Ras Shamra) se situe aux environs de 1380 avant J.C. et se répand dans tout l’ancien Moyen Orient. Les scribes la considèrent comme supérieure à tout autre forme d’écriture pour exprimer les subtilités du langage et de la pensée. À Ougarit, l’écriture est la science par excellence, cultivée par une intense activité scolaire. Les textes retrouvés à Ougarit sont principalement des documents administratifs et juridiques, des contrats, des transactions immobilières, ou des inventaires. L’écriture ougaritique fut utilisée jusqu’à la destruction de la ville en 1180 avant J.C. Un autre alphabet cunéiforme parut en Perse sept siècles plus tard. 

Si le Syriaque, l’hébreu et l’arabe s’écrivent encore aujourd’hui de droite à gauche, c’est peut-être parce que, à Ougarit, quelques scribes ont un jour décidé d’innover dans ce sens.

Il y a encore un siècle et demi on ignorait tout de l’existence des lointains sumériens, et les premières fouilles à Ougarit débutèrent seulement en 1929 ! 

 

 

Gerard LEROY, le 3 février 2017