“Platon, le plus théologien des philosophes de la Grèce antique”.

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   L’appréciation du plus théologien de l’antiquité, nous la devons à Saint-Augustin. Platon théologien ? C’est du moins ce qu’on a tenté de montrer dès l’Antiquité. En fait, on a “théologisé” Platon, en introduisant dans ses propres textes une “idée de Dieu” qui en est pourtant littéralement absente. On s’est justifié en disant que le terme manquait mais que la notion de Dieu est présente, implicitement, sous d’autres noms, l’Idée du Bien, par exemple, dans La République, ou des Principes, autre exemple, du Timée.

On a opéré cette identification au cours des premiers siècles alors que déjà juifs et chrétiens avaient conçu et récupéré un Platon théologien. Platon aurait en effet “connu” ou “aperçu” quelques traits essentiels du Dieu qu'allaient vénérer les judéo-chrétiens, au point que les pères de l’Église parlèrent d’une révélation particulière à celui qu’ils appelaient le “Moïse des païens”, Platon ayant évoqué la Bible et surtout Moïse. Il reste vrai que Platon a témoigné d’une extrême exigence spirituelle.

Platon invente le mot “théologique” mais de façon péjorative; il qualifie alors les fables plus ou moins mensongères et en tout cas non instrutives sur les dieux.

Les conceptions religieuses de Platon traduisent une piété à l’égard des dieux de la cité. N’oublions pas que la religion grecque, essentiellement politique, est alors celle de la Cité avant que d’être celle de l’individu.

Ses  questions vont favoriser l’ouverture d’une théologie possible. La philosophie éduque l’âme, selon Platon, et apprend à élucider l’obscur objet de son désir, de sorte que l’âme sera ultérieurement préparée à penser Dieu à l’origine de l’être, source de toute vérité. En déterminant certaines caractéristiques du divin —l’éternité, l’unité, l’immuabilité, la bonté, la perfection— Platon offre des intuitions théologiques dont la philosophie ne cessera de se nourrir.

À la mort de Socrate Platon a vingt-neuf ans. Aristoclès —c’est le nom de Platon— en recueille l’héritage.

Ce jeune homme de “bonne famille” partage la vocation des jeunes athéniens : il souhaite participer à la gestion de la Cité (1).  Les  Athèniens se révoltent contre les exactions des oligarques, et tentent vainement un retour vers la démocratie. Comment faire ?
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Après un voyage en Calabre, puis en Sicile, Platon revient à Athènes en 387. Il a alors quarante ans. Il repère un domaine arboré appelé Akadémos. C’est là qu’il va fonder l’Académe, une “Grande École”, quelque chose comme un mixte d’ ENA et de Polytechnique, formant à la gestion des affaires les futurs dirigeants de l’État. Aristote va bientôt y entrer.

Platon rédige alors douze livres de lois, et s’éteint, à l’âge exceptionnel pour l’époque de 81 ans, en 348.

 

 

Gérard LEROY, le 3 décembre 2010

 

  1. Je caressais le projet  du jour où je disposerais de moi-même, d’aborder sans tarder la politique” Platon, Lettre VII, 324 b.