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Présidentielles. Réflexions sur un déphasage

Pour Bruno, avec mon affection

   J’sais pas vous, mais moi j’exècre la superposition des temps propices aux rassemblements familiaux et les campagnes politiques. Autour du gigot pascal, les discussions se sont enflammées, chacun voyant midi à sa porte entendant bien qu’il soit midi pour tout le monde. Et qu’on se le dise !

J’invitais récemment mes étudiants à comprendre que le dialogue exigeait nécessairement qu’on délaisse deux vieux réflexes, deux démons dont on éprouve quelque difficulté à se défaire : le démon prédateur de l’inclusion, et le démon paresseux de l’exclusion. L’inclusion consiste à enjoindre l’autre d’entrer dans son mouvement, son église, son parti, sans une once de considération pour sa singularité ; l’exclusion, en revanche, consiste à faire remarquer à l’autre qui ne s’est pas rallié qu’il est dans l’erreur, qu’il y reste, et qu’on ne veut plus le voir.

Aujourd’hui, nous revenons en quelque sorte à l’époque de Protagoras et des sophistes, où l’art de persuader, par des slogans, de la propagande, des harangues, tenait lieu de pensée, réglait le sort des villes, et organisait les coups d’État.

Politiques et journalistes opèrent souvent de cette façon, sans la moindre sollicitude pour celui qu’on a jugé avant même de l’interroger. 

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