Babel justifierait-elle le pluralisme ?

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Pour Samuel Mourier, en hommage amical

   Dès l’origine, le dessein créateur de Dieu est un dessein de salut en Jésus-Christ. À cet égard, le mythe de la tour de Babel est plein d’enseignements. On le comprend généralement comme l’illustration du mauvais pluralisme qui n’engendre que la confusion et remet en question toute prétention à une vérité transcendante. Mais c’est s’en tenir à la face purement négative de Babel. 

Certes, Babel est le symbole de la confusion des langues comme châtiment de l’orgueil humain qui a cru pouvoir revendiquer une unité qui n’appartient qu’à Dieu. Mais c’est aussi le retour à la condition originaire de l’homme voulue par le Dieu créateur. Le Dieu de la révélation biblique est un Dieu qui bénit la multiplicité, ne serait-ce déjà que la multiplicité de l’être humain qui est créé homme et femme. Dieu bénit la multiplicité des peuples, des langues et donc des cultures. Comment alors ne permettrait-il pas ce phénomène inévitable de la multiplicité des tentatives religieuses d’avoir accès à la Transcendance ? On serait tenté de penser que le miracle de la Pentecôte, à l’étape ultime de la Révélation, nous manifeste en clair que les diverses formes religieuses, depuis des millénaires, sont comme une pédagogie vers la découverte du vrai Dieu. 

En dépit de tout ce qui peut comporter des erreurs ou des imperfections, les multiples expressions du phénomène religieux concourent, à leur manière, à une meilleure manifestation de la plénitude inépuisable du mystère de Dieu. Comme aimait à le dire le théologien E. Schillebeeckx : « Dieu ne cesse de se raconter dans l’histoire ». Ce qui nous amène à repenser l’adage de Cyprien de Carthage (†258). Dans son discours aux cardinaux, qui a suivi la rencontre d’Assise en octobre 1986, Jean-Paul II déclarait que l’engagement pour le dialogue interreligieux, recommandé par le concile, ne se justifiait que si les différences religieuses n’étaient pas nécessairement réductrices du dessein de Dieu.

Dans une Église qui se tiendrait hors du  monde, qui est pluriel, un salut est-il encore pensable ? 

Gérard LEROY, le 26 janvier 2019