Bagdad, d'hier à aujourd’hui

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Pour Bertrand, avec mon affection

   Moins d’un siècle après la mort de Mahomet, le centre du pouvoir religieux de l’islam s’établit à Damas où il restera jusqu’au milieu du VIIIe siècle sous l’autorité des Omeyyades. En 750, une nouvelle famille, les Abu al-Abbas prennent le pouvoir et déplacent le centre de gravité des croyants vers l’est, autrement dit en Mésopotamie, l’actuel Irak, précisément à Bagdad.

En 762 le deuxième calife de la dynastie abbasside  dessine lui-même les plans de la cité dont il rêve. De forme ronde, ceinte par une muraille, son axe principal est orienté vers La Mecque. Les habitations sont alignées de manière concentrique, autour de jardins. Et au cœur de cet espace le calife installe une mosquée et le palais qu’il se réserve. Et Bagdad va bientôt s’enorgueillr d’une grande bibliothèque, la Maison de la Sagesse d’Al-Ma’mün. Ce centre se donne de traduire en arabe les ouvrages qui lui parviennent en persan, en grec ou en sanskrit, et qui traitent de diverses disciplines telles que la médecine, la cosmologie, ou la poésie et l'histoire. La ville s’appelle alors Medinat al Salam, “la ville de la paix” avant de reprendre un peu plus tard le nom peu gratifiant d’un de ses faubourgs, Bagdad, vieux terme sumérien qui désigne un “enclos à moutons”.

Bagdad a bien changé. Aujourd’hui, cinq ans après la disparition de Saddam Hussein, et huit ans après la mise en place de l’occupation anglo-américaine, la population est mobilisée par les tâches préoccupantes de la vie quotidienne. L’Irak a beau compter sur son pétrole, il faut à chacun se procurer son minimum vital, trouver à se loger, faire avec... les fréquentes coupures d’électricité, dans un pays où la corruption fait partie de la vie de tous les jours.

Ce pays, qui compte 30 millions d’habitants ne dispose que de 2, 8 millions de logements, soit environ un logement pour dix personnes. On a coutume d’entendre, à Bagdad, qu’ “une moitié de l’Irak vit chez l’autre”.

Il faut donc au pays construire plus de 3 millions de logements, et vite, pour qu’en 2015 les gens ne souffrent plus d’une telle pénurie.

Quand on sait par ailleurs que plus de 70% du budget de l’État part en salaires, on se trouve bien dépourvu avec ce qui reste ! Pourtant, les membres du Parlement n’ont pas hésité à s’accorder, en septembre 2009, un salaire mensuel exorbitant de 18900 € ! Et ce n’est pas tout : au terme de son mandat le parlementaire pourra toucher, et ce pendant dix ans encore, 80% de ce traitement, auxquels s’ajoutent d’autres menus avantages en nature non négligeables.

En dépit des égoïsmes manifestes des plus aisés qui  sont d’ordinaire les premiers à tenter de tirer les ficelles d’une situation précaire et mutante, l’Irak est dans l’obligation de se reconstruire. Le pays mise sur ses réserves pétrolières. Rappelons que le pétrole assure à l’Irak pas moins de 96 % de son budget.

La première caractéristique de cette reconstruction en marche est qu’elle est sous pression. Il faut faire vite. L’eau potable est rare, l’électricité trop souvent coupée, les hôpitaux fonctionnent avec du matériel obsolète, les routes sont défoncées, les logements manquent, et l’agriculture, devenue déliquescente, en arrive à coûter 600 milliards de $, soit 420 milliards d’€ selon le taux de change d’aujourd’hui (# 1, 42).

Le secteur public emploie trois Irakiens sur cinq dont le salaire s’élevait en 2010 à 70% du budget. La désertification s’étend sur 90% de la surface du pays. L’état délétère de l’économie augmente l’incapacité de l’Irak à subvenir à ses besoins vitaux, ce qui range le pays parmi les principaux importateurs de la planète.

Certains observateurs pensent néanmoins que l’Irak ne manquera pas d’argent dans un futur proche. Déjà une grande partie de sa dette vient d’être annulée. Et le pays espère rejoindre l’Organisation mondiale du commerce prochainement. Il reste la manne : le pétrole ! Dans le sud, près de Bassorah, les investisseurs éventuels dans le raffinage du pétrole sont encouragés par le gouvernement, qu’ils soient Irakiens ou étrangers. Ainsi des dizaines de contrats ont été récemment signés avec des compagnies étrangères dans la perspective de moderniser les stations de pompage, passer d’une production du brut de 1, 5 millons de barils par jour à 6, 3 millions, et augmenter ainsi les recettes en les triplant d’ici 2015 !

Restera à partager le produit de ces richesses...

Quand on sait le degré de tension entre sunnites, chiites et, ne les oublions pas, les Kurdes, on se dit que le partage sera très dépendant du rapport des forces et donc plus incertain que la découverte de nouveaux gisements...

Gérard LEROY

le 8 juillet 2011