Bernard de Clairvaux, Abélard : controverse et réconciliation

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Pour l'ami Joseph Pommier, admirateur d'Abélard
   Certains moines clunisiens voulant se rapprocher plus encore de la Règle de saint Benoît vont favoriser la fondation de l’ordre de Cîteaux. En 1098, le bénédictin Robert de Molesme érige là, à Cîteaux près de Dijon, un monastère restaurant la règle bénédictine. Ce monastère à l’écart du monde, réputé pour son austérité effrayante à décourager les vocations, devient une des fondations des plus importantes au XIIe siècle.

Saint Bernard s’y établit en 1112, à l’âge de 22 ans. 

Bernard est issu de la noblesse bourguignonne. Il n’entre pas tout seul au monastère de Cîteaux, mais avec vingt de ses parents et amis ! La Bible, les Pères de l’Église et même Cicéron lui sont familiers. Il prêche que la connaissance doit rester servante de la foi, se défiant de l’orgueil de l’esprit. Il se brouille pour cette raison avec Abélard. Bernard est un conservateur, qui défend l’esprit féodal, la division du monde en ordines. L’ordre lui paraissait voulu par Dieu.

Bernard est délégué par l’Église pour combattre les thèses d’Abélard sur la Trinité et autres erreurs dénoncées par les évêques.
Mais Bernard comprend mal Abélard auquel il reproche son étude de la foi chrétienne. Il y voit un scandaleux scepticisme, alors qu’Abélard remet en cause un fidéisme aveugle.

Abélard n’est pas du genre à se plier. Il est prêt à engager le combat de la dialectique contre le dogme et propose une controverse publique au cistercien. Bernard, craignant la joute intellectuelle, organise un concile, à Sens. Le 2 juin 1140, au terme d’une séance de travail dont Abélard est exclu, Bernard obtient sa condamnation par le jury transformé pour la cause en tribunal ! Le lendemain, dans sa prédication à la cathédrale, Bernard somme Abélard de s’amender ou de répondre. Ce dernier refuse de parler, puis décide de faire appel au pape de la condamnation portée contre lui. Partout en France, et même en Italie, ses ouvrages sont livrés aux flammes. Il arrive cependant qu’aujourd’hui on réussisse à mettre la main sur un manuscrit qu’on croyait perdu.

Sur le chemin de Rome Abélard fait une halte à Cluny. Pierre le Vénérable, abbé du monastère, l’accueille chaleureusement. Là s’arrêtent les voyages. La condamnation est confirmée. Pierre le Vénérable réconcilie, dit-on, Abélard et saint Bernard, et obtient du pape que son hôte réside à Cluny. Malade, Abélard finit ses jours au prieuré de Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône où il meurt le 21 avril 1142.

La règle de vie de Bernard c’est la pénitence. Aussi s’inflige-t-il l’ascétisme le plus rigoureux et de rudes sévices corporels. Il porte à la Vierge un telle dévotion que toutes les églises cisterciennes furent dédiées à la Vierge. Bernard sillonne les routes de l’Europe, entoure de ses conseils les papes dont il est le maître à penser.

L’homme est éloquent, convaincant (il a entraîné tous ses frères et cousins dans la vie monastique), prédicateur infatigable, capable de soulever les passions, comme en 1146 à Vézelay, où il prêche la deuxième croisade, dont personne ne voulait... sauf Louis VII. Ses dons impressionnants, il les met au service d’une réforme de l’Église vers plus de moralité et d’austérité. Son influence restera indiscutable jusqu’à la fin du Moyen Âge.

Trois ans après son entrée à l’abbaye de Cîteaux Bernard part fonder Clairvaux, au sud-est de Bar-sur-Aube, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Troyes. Bernard en sera l’abbé jusqu’à sa mort en 1153.

Bernard et l’ordre cistercien suscitent des vocations. L’abbaye de Clairvaux, première fille de Cîteaux, sera suivie de trois autres abbayes : La Ferté (en Saône et Loire, près de Macon), Pontigny (dans l'Yonne) et Morimond (en Haute Marne, près de Chaumont). On compte, fin XIIe siècle, 700 abbayes cisterciennes pour hommes, un peu plus pour les femmes. 300 moines vivent à Clairvaux.

Un abbé général, dont le siège est à Cîteaux, veille sur l’ensemble de la congrégation. C’est autour de lui que se rassemblent une fois par an tous les abbés en “chapitre général”.

 

Gérard LEROY, le 5 juillet 2012