Billet d’humeur du Pr Gérard Lévy : la santé a un coût, oui. La vie a-t-elle un prix ?

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   Revenant sur l’affaire du médiator, je rappelle que la prescription hors AMM oblige à une information des patientes sur ce point par les médecins prescripteurs ; a-t-elle toujours été faite ? J’en doute.

Pour ce qui concerne les effets collatéraux, je reviens sur un article du journal Le Monde du 15 décembre. Deux pleines pages sont réservées aux pilules contraceptives de 3ème génération. On y trouve des courbes et des “camemberts” très parlants sur l’augmentation du risque thromboembolique selon les produits prescrits : il va de 1,91 à 7,9.

A côté de ces images qui sautent aux yeux, dans un chapitre que tous ne liront pas, deux phrases en petits caractères pour expliquer que le risque pour les femmes non utilisatrices de la pilule est de 5 à 10 / 100.000 par an, et que ce risque est multiplié par 2 à 4  (10 à 20 / 100.000 par an, 20 à 40 / 100.000 par an) selon qu’il s’agit de pilules de 2ème ou de 3ème génération.  Il est de 30 à 60 / 100.000 par an en cas de grossesse !... toutes les femmes en sont-elles informées  avant  de prendre la décision de devenir enceinte ?

Cette incise mise à part, la prescription de la contraception est un acte médical qui nécessite écoute et information; d’autres facteurs que le risque thromboembolique sont à prendre en compte : effets sur les différents métabolismes, action anti acnéique etc. Tout ceci qui est connu depuis de nombreuses années doit pourtant être rappelé aux patientes !

Sait-on qu’une femme qui fume et ne prend pas la pilule présente un risque thromboembolique plus élevé que  celui d’une femme qui prend la pilule et ne fume pas… L’association des 2 facteurs de risque potentialise, bien évidemment, le risque. Il est plus politiquement correct de crier "haro" sur l’industrie pharmaceutique que de mettre les patientes et les médecins devant leurs propres responsabilités.

Je pense que l’information du public est indispensable, mais qu’elle ne doit pas privilégier les textes et les graphiques accrocheurs aux dépens des autres éléments du débat. Dans certains pays, les risques  médicaux sont comparés, sur une échelle de fréquence, à tous les risques de la vie courante : accidents domestiques, accidents sur la voie publique, etc. Cela stimule la réflexion et met en évidence, de manière éclatante, que les accidents médicaux se placent au bas de l’échelle de fréquence.

Pourtant, l’on se pose moins de questions sur les risques encourus lorsqu’on prend sa voiture qu’avant de prendre, désormais, un médicament.
 
Quant aux systèmes de prise en charge des dépenses de santé, nul n’a trouvé la solution idéale, sinon cela se saurait.
 
Certains pays, comme l’ Angleterre, ont un système de santé , en grande partie, nationalisé; par ailleurs, la prise en charge des traitements dépend du respect des recommandations médicales (pas de prise en charge d’un pontage coronarien chez un tabagique qui n’arrête pas de fumer) et de l’âge des malades (pas de dialyse rénale chez les malades  âgés de plus de 70 ans).

La vie a donc un prix variable selon l’âge et les circonstances…

C’est un  choix politique.
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Aux Etats Unis, la prise en charge des dépenses de santé est essentiellement confiée à des assurances privées; c’est le système libéral dans son aspect caricatural. Que d’inégalités sociales… Selon que vous serez puissants ou misérables, vous serez bien soignés ou abandonnés à votre triste sort. La vie a donc un prix différent suivant la classe sociale.

En France, grosso modo, la société est responsable de tout et l’individu de rien. Aux Etats Unis c’est l’inverse ! C’est pour cela que je m’interdis de mêler ma voix au chœur de tous ceux qui crient que nous sommes tous américains, n’étant cependant ni anti américain primaire, ni oublieux de la reconnaissance que nous leurs devons. Mais je ne me sens pas en communion d’esprit avec un pays où, au nom de la liberté, chacun peut posséder des armes et effectuer, à un fréquence variable, des meurtres,  individuels ou en série, d’innocents ; ce n’est certes pas une condition suffisante pour tout expliquer, mais elle est nécessaire pour faciliter ces actes barbares. Tout ceci je l’ai bien souvent écrit avant la dernière tuerie d’enfants.
 
En France,  les inégalités, même si elles existent, sont bien moins criantes qu’ailleurs ; le système est-il pérenne ? Cela dépend des décisions politiques ! et avec la danse actuellement à la mode : un pas en avant, un ou deux pas en arrière  nous avons certes quelques soucis à nous faire .
 
Je n’ai pas parlé du système allemand qui présente bien des avantages, mais aussi quelques imperfections, pour ne pas réentendre le refrain désormais classique : Deutschland uber alles  ( l’Allemagne  est au dessus de tout).
 
 
Pr. Gérard Lévy, le 8 janvier 2013