Deux mondes en crise

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Pour Bernard Schürr et Christophe Cabrier, en hommage amical

    Si l’on s’accorde à reconnaître qu’il y a une crise morale de la culture religieuse musulmane, qui a produit ce monstre dégénéré absolument antithétique de ce qui devrait être le génie de l'islam, peut-on prétendre que l’Occident a affaire à une crise de spiritualité ?

On peut en effet reconnaître que la crise de l'Occident et de l'islam fonctionnent en miroir. Mohamed Arkoun ne parlait-il pas de rivalité mimétique à propos du christianisme et de l’islam ? 

L’islam est aujourd’hui perçu comme un sacré fossilisé, dont la visibilité se réduit à quelques signes superficiels, comme le voile, et le halal. Cette pauvreté spirituelle confine à l'indigence, qu'Olivier Roy dénonce comme «La sainte ignorance» (Seuil, 2008). L’islam continue de refuser une interprétation des propos vengeurs concernant les mécréants, juifs et chrétiens, alors qu’il est urgent de procéder à une refondation de la pensée théologique, de remettre en question l’intolérance religieuse, la criminilisation de l’apostasie, les châtiments corporels, la minoration de la femme, un wahhabisme intolérable qui porte atteinte à la dignité humaine.

Sans parler de la place de l’islam dans la République, qui exige d’organiser sa représentation compétente et incontestée, de se mobiliser contre ses tendances radicales. Depuis plus de dix ans, à cause de rivalités régionales, algérienne et marocaine, le CFCM n’a pu travailler de manière collégiale. Il s’est partagé les majorités et les postes, mais, manquant de moyens, de charisme et d’agenda, il est devenu inaudible.

Il n’y a pas un islam de France, mais des islams ! Eclatés en une quinzaine de nationalités et une multitude de chapelles associatives, réclamant sans cesse le soutien des pouvoirs publics, mais criant à l'ingérence dès la moindre intervention de l’Etat.

Au lieu de tenter de désolidariser l’islam de ses influences étrangères, les politiques ont fermé les yeux, au nom du caractère abstentionniste de la laïcité. L'Arabie saoudite a payé la construction de la grande mosquée de Lyon, le Maroc a financé, en partie, celle d' Evry, l'Algérie subventionne le fonctionnement de la Grande mosquée de Paris, tandis que les pays du Golfe ont servi de bailleurs de fonds à la première “université” islamique, créée à l’initiative de l’UOIF (Union des organisations islamiques) dans la Nièvre.

En face, l'Occident matérialiste est façonné par le rationalisme, le positivisme, voire le scientisme, ramolli par la culture du bien être, de la consommation et de la jouissance, et gagné par la paresse intellectuelle et l’indigence culturelle. Cet Occident, fier jusqu’à l’arrogance de sa sécularité, ignore à peu près tout du phénomène et du fait religieux. On a là l’angle mort de notre culture.

Le vide en islam a causé la «réislamisation» dans les banlieues, puis la radicalisation. Ces pratiques ont favorisé le «repli» identitaire religieux, la rupture avec la société civile, les élus, les associations. Une auto-organisation s’est mise en place, devenue perméable à toutes les infiltrations extrémistes. Le vide, en Occident, creuse, sans l’observer, celui de l’islam. 

Et cependant ces deux mondes développent une hostilité réciproque.

 

Gérard LEROY, le 10 septembre 2015