En finir avec l'euthanasie ? Ou en finir avec la vie ?

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Pour Hélène Bellanger, que j'embrasse d'amitié

   Au-delà des confessions religieuses ou idéologiques la proposition du Sénat concernant la fin de vie, reprenant l’engagement de François Hollande durant sa campagne “d’encadrer cette mort dans la dignité”, a suscité de vives réactions.

Il semble pourtant que nous étions parvenus à un consensus satisfaisant avec la loi dite “Léonetti” de 2005 dont le cadre, permanent, insistait sur l’offre des soins palliatifs, dont on ignore encore trop l’efficacité, contre la douleur, en même temps que cette loi discernait logiquement l’arrêt de l’acharnement thérapeutique et l’acte déclencheur de la mort.

Beaucoup craignent la légalisation de l’euthanasie qu’on voudrait légitimer en invoquant les souffrances incurables. On peut parler d’assistance médicalisée auprès du malade en fin de vie, mais est-ce encore une assistance que de mettre fin à la vie ?

Les promoteurs de la légalisation de l’euthanasie n’ont pas manqué de s’immiscer dans la campagne présidentielle du printemps 2012, n’hésitant pas à présenter, même par l’image, ces moments dramatiques où des grabataires isolés, sans famille, et plongés dans une extrême détresse, sont déjà perçus comme étant passés dans un autre monde que celui des vivants. Ces individus condamnés, dans l’anéantissement progressif de leurs dernières forces, montrent que la fin de vie est une forme de “non-choix”.

Les tenants d’une fin de vie qu’ils envisagent comme digne nous assènent que parvenus à cette étape il s’agit moins de regarder ces vieillards comme des vivants mais plutôt comme des êtres obsolètes qu’il convient d’exclure du monde des vivants. “Sous couvert de liberté, l’alternative devient la norme” dénonçait Emmanuel Hirsch. Vieillir est moins un droit qu’un état qu’accompagne un devoir nouveau : celui d’en finir !

Dans cette phase de la vie, les acteurs aspirent à la considération, à l’attention, à l’écoute, au partage, à la fraternité de ceux qui les entourent. Qu’on ne les isole donc pas, mais qu’on veuille reconnaître qu’ils sont les maillons d’une société où ils ont une autre part que la part active que jadis ils ont prise. Ne sont-ils pas ceux grâce à qui il nous est permis de déployer notre affectueuse générosité, notre sollicitude. Et qui oserait prétendre que l’affection, la générosité, la sollicitude ne lui feraient pas défaut si ces qualités manquaient ?

Ce ne serait pas prendre la mesure de la réalité et bien évidemment réducteur que de penser avoir affaire à rien d’autre qu’à un corps souffrant.

La fin de vie est un sujet grave; qui n’en convient pas ? Autant dire à ceux que le populisme attire qu’on n’attend rien d’eux dans ces débats, seul le risque d’ouvrir la boîte de Pandore que certains de nos voisins ont désormais bien des difficultés à refermer.

 

Gérard LEROY,  le 20 octobre 2012