Histoire

Le salut par la sortie de la religion

Article, stimulant, de Xavier Larère, que nous remercions vivement

   Vouloir quitter sa religion, n'est-ce pas, par-dessus tout, désirer emporter le feu (intuition de Cocteau) ? N'est-ce pas d'abord se débarrasser de toutes les fausses images et représentations de Dieu ? 

Si Dieu a quand même un tout petit peu d’humanité, il a dû mal dormir pendant des siècles, et sursauter sur son trône en découvrant cet hymne proposé par le Magnificat : « ….le Fils que Dieu, plein de tendresse, nous a livré. » Heureusement que c’est un Dieu « plein de tendresse » ! Mais Dieu, dans la perception de la révélation qu’avaient alors les hommes, n’était peut-être pas sorti de la période où, à en croire le Livre des Juges, il livrait les hommes par villes entières passées au fil de l’épée par son peuple élu. 

Il est possible que les Hébreux aient connu les légendes grecques de sacrifices humains exigés par les dieux pour qu’un peuple ou une communauté soient sauvés (Idamante, fils d’Idoménée, Iphigénie, la bien née mais la mal nommée…, fille d’Agamemnon). Mais les Grecs avaient déjà renoncé aux sacrifices humains, remplacés par des animaux. Il est donc important de montrer que la mort atroce de Jésus n’était pas un sacrifice exigé par Dieu son Père, qui livrerait son fils dans ce but, mais la terrible conclusion d’une destinée où tous les risques sont consciemment pris et librement  acceptés. Pourquoi l'enseignement de l'Église n'est-il pas centré sur l'évangile de Jean, qui affirme à huit reprises que Dieu a "envoyé" son fils. Envoyer et livrer, ce n'est pas le même acte : on envoie une personne, on livre un colis… à la rigueur une personne réduite à l'état de chose (esclave ou  prisonnier).

La demande de maître Eckhart (ce mystique rhénan dont l'Église n'a jamais levé la condamnation) d'être ''affranchi'' de Dieu pour trouver Dieu,

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