Géopolitique de la Palestine au seuil de l'ère chrétienne

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Pour l'ami Hervé-élie Bokobza (1)

Tout part des Philistins, ce petit peuple d’origine crétoise arrivé dans la région vers le XIIeme siècle avant notre ère, qui fut repoussé vers cette contrée au bord de la mer, au nord du Sinaï, qu’on appelle aujourd’hui “la bande de Gaza”.

Outre cette ville de Gaza les Philistins fondèrent, plus au nord, Askelon et Ashod, et donnèrent leur nom à cette région côtière où ils s’installèrent. C’est de leur nom qu’est dérivé, sous sa forme latine, le nom de “Palestine”.

Les Philistins ayant désigné leur territoire, la Palestine s’étend d’abord à Canaan. Des débuts de la royauté qui voit le pays s’unifier jusqu’à l’arrivée des Romains, autrement dit de Salomon jusqu’à César, Canaan s’appelle “Palestine”.

Les Romains arrivant, entendirent sous ce terme toute l’étendue comprise entre la Mer Méditerranée et le Jourdain.

Depuis la plus haute antiquité, ce territoire appelé  Palestine est habité, ou plutôt fréquenté par des nomades sémites (2), provenant de couches diverses, qui s’y fixent dès le IIIe millénaire. Vers le XVe siècle av. J.-C., les Hébreux chassent les Cananéens (ou Phéniciens) pour s’installer dans la terre qui avait été promise à leurs pères; ils le font au nom de l’alliance voulue par Dieu avec Abraham, puis avec son fils Isaac, et avec le fils d’Isaac, Jacob. Ces gens ont la conscience d’être le peuple unique élu par Dieu pour vouer un culte au Dieu unique.

Les spécialistes sont loins d’être catégoriques sur l’origine du peuple Hébreu. On penche néanmoins pour un rapprochement avec une tribu nomade qu’on appelait, vingt siècles avant J.-C., les Apirû. Moins à cause de la similitude phonétique des termes “hébreu” et “apirû”, qu’à cause de la parenté du terme “apirû” et de la racine ‘avar qui signifie "passer", permettant d’interpréter la vocation de ce peuple consistant à “faire passer” de l’ignorance païenne à la révélation du Dieu unique.

En parlant de ce peuple c’est bien sûr à Israël qu’on est amené à penser, Israël dont l’étymologie signifie “en face de Dieu”.

C'est à partir du IXe siècle seulement, sous l'hégémonie des Assyriens, qu'est attestée l'existence

d'un état dénommé Israël, dans les régions montagneuses du centre de la Palestine. Cet état, passe aux mains des Assyriens en 722 av. J.-C, après la chute de la capitale Samarie sous les coups du roi Sargon II. Colonisés par Sargon II, mêlés à l’étranger arrivé grâce à l'organisation d'une province assyrienne, les autochtones intégrent sans difficulté leur nouveau statut sans que leur culture propre soit altérée. Il y a donc continuité. Quoi qu'il en fût des déportations ou autres mouvements de populations qui ont précédé, la disparition des dix tribus d'Israël dites du Nord n'est qu'une légende dont la source est dans la Bible et nullement dans l'histoire.

Pour le récit biblique, l'authentique et vrai Israël consiste dans le royaume méridional de Yehûdâh, autrement dit Juda, avec Jérusalem comme capitale depuis que le roi David l’a substituée à Hébron (environ 1000 ans avant J.-C.). Israël aurait donc été la dénomination de ce peuple du nord, de Tyr à la Mer morte, le nom de Juda étant réservé au territoire du sud, à l’ouest de la Mer morte. Les gens du Nord adhèrent moins à la foi juive qu’au paganisme influencé par la présence étrangère. Plus encore que les Iduméens, au sud de la Mer morte, les Samaritains, voisins et au sud de la Galilée, sont carrément considérés comme des hérétiques. Jugés infidèles par le reste du peuple d'élection, ces gens sont déconsidérés, séparés du reste au cours du schisme du Xe siècle.

Or, ni l'archéologie ni les témoins extérieurs à la Bible, ne rendent compte de cette histoire, laquelle semble tout autre.

Par mode de provocation, mais non sans vérité, le spécialiste Jacques Paul déclare qu’on ignore tout de la vérité des royaumes de David et de Salomon, a fortiori d'un quelconque empire constitué par ces royaumes. Les documents assyriens et babyloniens ne mentionnent Yehûdâh que vers 744 av. J.-C., à la veille de la chute de Samarie, donc plus de deux siècles après David. Il semble qu'une entité politique de ce nom se présentât comme une sorte d'état secondaire, mis en place par les Assyriens pour faciliter l'industrie de l'huile d'olive. On comprend dès lors que ce grand royaume unifié qui, en plein Xe siècle, aurait éclaté lors de la scission répréhensible d'Israël, relève de la fiction.

Retenons donc qu'on ne peut trouver dans l'histoire le moindre lien ethnique, à plus forte raison politique, entre l’Israël contemporain de l'empire assyrien, état véritable, et l'Israël, que Jacques Paul appelle “qualitatif”, des Yehûdin du Ve siècle. La relation de continuité tient exclusivement de l'identité du nom : elle est purement formelle.

À ce nom d’Israël, désignant après le retour massif de l’exil à Babylone autorisé par le roi Perse Cyrus en 538 av. J.-C., à la fois la partie nord, mais aussi Juda, avec sa capitale Jérusalem, Moab à l’est de la Mer morte, Edom au sud de la Mer, vient s’adjoindre celui de juif, désignant un peuple qui englobe alors les héritiers de la promesse. On appelle judaïsme le milieu juif, au sens religieux et culturel, qui correspond à cette période post-exilique, caractérisée par la résistance, souvent vaine, opposée aux autres civilisations qui veulent soumettre Israël, les  Perses, Alexandre le Grand à partir de 332 av. J.-C., puis les Séleucides. Le roi de Syrie, Antiochus Épiphane (175-164), tente même d’éliminer la religion juive et de contraindre le peuple à l’acculturation hellénistique. La belle résistance des Maccabées réussit à restituer l’indépendance politique d’Israël, à laquelle mettra fin le général Pompée en 63 av. J.-C. Hérode le Grand devient peu après roi des juifs en 40 av. J.-C., avec l’aide de Rome. À sa mort, ses trois fils se partageront les différentes provinces.

De dictature personnelle sous César, le gouvernement républicain qui régit Rome devient progressivement avec Octave, futur Auguste, une monarchie absolue. L’empereur a l’autorité sur tous les peuples conquis, les Égyptiens, les Gaulois, les Grecs, et enfin les Barbares, ces gens qui parlent mal le grec ou le latin, qui baragouinent des onomatopées.

Du Rhône à la vallée de l’Indus, tout est placé sous l’autorité de Rome.

 

Géographie de la Palestine au temps de Jésus

Au premier siècle de notre ère, la terre d’Israël, si l’on en croit l’évangéliste Luc (Lc 4, 44; Ac 10, 37) est  officiellement appelée Judée. À partir de la révolte juive matée par Hadrien en 135, la Judée devient la “Syrie Palestine”, puis la “Palestine”. Elle comprend alors, du nord au sud, côté est du Jourdain, la tétrarchie de Philippe II, fils d’Hérode le Grand et de Cléopâtre, la Décapole, la Pérée jusqu’à Machéronte; côté ouest et du nord au sud on trouve la Galilée, la Samarie, la Judée, et l’Idumée. La Palestine est alors limitée par le désert d’Arabie occupé par les Nabatéens au sud-est, par la péninsule du Sinaï au sud de Masada, par la Méditerranée à l’Ouest, et par le Liban au nord, dont les chaînes montagneuses se prolongent autour de Nazareth dont les collines de Galilée s’élèvent jusqu’à 500 mètres d’altitude, tandis qu'en Samarie elles s'élèvent à près de 1000 mètres d’altitude, et qu’Hébron culmine à un peu plus de 1000 mètres.

La dépression autour du Jourdain est la plus importante de la planète. Il faut descendre à environ 300 mètres au-dessous du niveau de la mer pour atteindre le Lac de Tibériade, tandis que la Mer morte plus au sud est à plus de 400 mètres au-dessous du niveau de la Mer Méditerranée. Le voyageur qui s’y rend peut témoigner de la douleur barométrique des tympans. 

Aspect principal de la vie politique au temps de Jésus

Tous les juifs ne sont pas rentrés de l’exil. Ceux dont les affaires fructifiaient ont préféré s’installer définitivement à Babylone. Aux 500000 juifs retournés en Palestine il faut donc ajouter les 7 à 8 millions de la diaspora, terme qui désigne ces communautés juives qui ne résident pas dans la mère-patrie. Les historiens évaluent à 10% de la population de l’Empire le nombre de juifs de la diaspora. Rome leur concède un statut officiel, voire la possibilité d’être citoyen romain. Ceux-là ont accès aux plus hautes fonctions administratives.

Par respect pour les juifs le gouverneur administrant la province ne réside pas à Jérusalem mais à Césarée, au bord de la Mer Méditerranée. Il vient à Jérusalem à l’occasion des fêtes, afin de maîtriser les débordement éventuels. Le gros des troupes réside en Syrie, mais les Romains maintiennent une garde en réserve à Jérusalem de 700 à 1000 hommes, selon les Actes (Ac 21, 27-40).

N’oublions pas qu’à l’époque de Jésus la Palestine est un territoire occupé, où le religieux, le politique et le juridique sont étroitement liés. C’est, en partie historique, à cause d’une attente politique déçue des juifs que Jésus de Nazareth a payé de sa vie.

 

Gérard LEROY, le 1er septembre 2009

 

 

  • (1) Hervé-élie Bokobza, Israël-Palestine, éd. de L'œuvre, préface de Philippe Haddad, Paris 2008
  • (2) Dans Gn 12 la fonction principale d’Abraham est de rassembler les peuples répartis sur toute la terre. Ces peuples sont issus des trois fils de Noé: Sem, Cham et Japhet. Les Sémites, peuples d’Arabie, sont ainsi appelés parce qu'ils sont affiliés à Sem, tandis que les Égyptiens, les Nubiens, les Libyens, les Éthiopiens, les peuples d'Arabie du Nord sont attachés à Cham, et les Phéniciens, les Philistins, les peuples d'Asie Mineure, les Mèdes et les Grecs se rattachent à Japhet.