Haro sur la chrétienté naissante

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Pour Gérard et Jaquette Lavielle, en hommage amical

   Les contemporains de l’Église naissante se prononcent

Un historien, du nom de Flavius Josèphe, ayant vécu de 31 à 100 après J.-C., est capturé par les troupes de Vespasien lors du soulèvement de 70 contre Rome. Il passe alors dans le camp romain et vit à Rome l’existence paisible de favori des empereurs flaviens. Voici ce qu’écrit Flavius Josèphe dans Les Antiquités Juives,   “En ce temps-là vécu Jésus, un homme sage [si toutefois il faut l’appeler homme], car il accomplissait des choses prodigieuses. Il enseignait ceux qui prenaient plaisir à être instruits de la vérité. Il fut suivi de plusieurs Juifs, de plusieurs Gentils. [Celui là était le Christ]. Sur la dénonciation de nos notables Pilate le fit crucifier. Ceux qui l’avaient aimé durant sa vie ne l’abandonnèrent pas après sa mort, [car il leur est apparu le troisième jour, de nouveau vivant, comme les divins prophètes l’avaient déclaré]. C’est de lui que les chrétiens, que nous voyons encore aujourd’hui, ont tiré leur nom.” (cf. F. Josèphe, Histoire ancienne des Juifs, Livre XVIII, IV). Nous avons encerclé de parenthèses ce que les spécialistes ont désigné comme ajouts chrétiens postérieurs à F. Josèphe.

Dans les Antiquités juives F. Josèphe rapporte encore ce témoignage : “Anne (ndlr : le grand-prêtre du Temple de Jérusalem au début du Ier siècle), convoqua une assemblée de juges et fit amener le nommé Jacques, frère de Jésus, dit le Christ, et quelques autres, les accusa d’avoir transgressé la Loi et les livra à la lapidation” (F. Josèphe, A.J. 20, 200).

Dans une lettre datée de 110, Pline le Jeune, neveu du naturaliste romain Pline l'Ancien, et gouverneur d’une province d’Asie Mineure, décrit les rites chrétiens à l’empereur Trajan : “ Ils se réunissent à date fixe, avant le lever du jour, et chantent entre eux un hymne au Christ comme à un dieu. Ils s’engagent par serment à ne commettre ni vols, ni brigandages ni adultère ou à ne pas manquer à la parole donnée

Son ami intime Tacite, dans ses annales rédigées entre 114 et 116, dénonce carrément le mouvement chrétien : “ce nom leur vient de ce Christos qui a été livré au supplice sous le principat de Tibère par le Procurateur Ponce Pilate; cette détestable superstition, étouffée pendant quelques temps, perçant non seulement en Judée, où le mal avait pris naissance, s’est répandue encore dans Rome, où tout ce qu'il y a d'infâme dans le monde afflue et trouve sa place et une nouvelle clientèle". Cette rumeur infamante devait être anéantie, selon lui, et c’est dans ce but que Néron aurait incendié Rome.

Suétone (75-155), dans son récit de la vie des douze Césars qu’il publie autour de l’an 120, évoque les chrétiens sous l’empereur Claude : “Comme les Judéens se soulevaient continuellement à l’instigation de Chrestus, Claude les chassa de Rome”; et Suétone de les évoquer à nouveau sous Néron : “On livra au supplice les chrétiens, sorte de gens adonnés à la superstition nouvelle et dangereuse”. C’est encore Suétone qui rapporte, un peu plus tard, que l’empereur (il s’agit probablement de Marc-Aurèle) “expulse les juifs de Rome, car sous l’influence des chrétiens, ils causaient un grand tumulte.”

Il faut encore citer les lettres de l’empereur Hadrien (117-138), la première écrite vers 125, et adressée au Proconsul d’Asie, dans lesquelles il se moque ouvertement des chrétiens et de leur “sophiste crucifié”.

Quant à Lucien de Samosate, fin lettré et rhéteur, celui-ci donne, vers 170, des informations sur Jésus et ses disciples : “Les chrétiens le révéraient comme un dieu, faisaient de lui leur législateur, le reconnaissaient comme leur patron, bien sûr juste après celui qu’ils vénèrent encore, l’homme qui fût crucifié en Palestine pour avoir apporté au monde ces nouveaux mystères.

À toutes les critiques acerbes envers les chrétiens Tertullien répond: “C’est absurde, mais est-ce assez pour ne pas y croire.” Dans le même sens il faut encore citer Clément de Rome (†107), Justin (†165), Origène (contemporain de Tertullien) et tous les premiers Pères de l’Église qu’on désigne d’ “apostoliques” en raison de leurs liens plus ou moins étroits avec les témoins de l’événement de Jésus-Christ.

À ces classiques il faudrait ajouter Les écrits de Qumrân, et encore les manuscrits découverts en Haute-Égypte dans la région de Nag-Hammadi, au nord-ouest de Louxor, dont l’évangile de Thomas.

La liste des écrits se rapportant aux premiers chrétiens ne s’arrête pas là. Ils ont été suivis par d’autres commentateurs, s’éloignant au fur et à mesure des témoignages directs donnés par les contemporains de Jésus de Nazareth et des premiers chrétiens, parmi lesquels prennent place ceux qu’on appelera les Pères apologistes.

Gérard LEROY

le 1 / 5 / 2011