Des hordes de voyous piétinent notre mémoire

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Pour Claude Geffré, en souvenir de notre inoubliable périple en Syrie

   Daesh est entré dans Palmyre. Tuant plus de deux-cent cinquante personnes. Et une fois de plus, l’un des plus précieux joyaux de l’histoire de l’humanité, né sous le roi Salomon, risque d’être réduit en poussière. Par la bêtise, “la sainte ignorance”, pour reprendre l’expression d’Olivier Roy. Savent-ils seulement, ces ramollis du cortex, ce qu’ils veulent détruire ?

Un demi-siècle avant J.-C., déjà les caravanes venant de La Mecque font étape à Palmyre. Il faut attendre l’empereur Tibère (mort aux ides de mars 37) pour que Palmyre soit une province annexée à l’empire romain.

   C’est au IIe siècle surtout, que Palmyre se développe, sous l’empereur Hadrien. La ville est connue pour sa splendeur. Elle devient colonie romaine au début du IIIe siècle. Une garnison de soldats de l’armée romaine y est installé. 

Mais si le IIe siècle apparaît comme l’époque d’enrichissement de Palmyre, ce IIIe siècle est marqué par les difficultés que lui cause l’arrivée au pouvoir des Perses Sassanides, en Iran, et dont la troisième dynastie va dominer une vaste région comprenant tout à la fois l'Iran, l'Iraq, l'Afghanistan,

l'Est de la Turquie et certaines parties de la Syrie, le Pakistan, le Caucase, l'Asie centrale et l'Arabie. La dynastie Sassanide se constitue à la tête d’un véritable empire dès les premières années de ce IIIe siècle, et s’attache à développer l’agriculture et de l'urbanisme.

Les Sassanides se dressent alors contre l’Empire romain et ses provinces, réussissant à affaiblir la suprématie romaine. L’Empire romain ne doit alors son salut dans cette partie de l’Orient syriaque qu’à l’action du prince provincial siégeant à Palmyre, un certain Odainat qui réussit à écraser les Perses et à sauver ainsi l’intégrité de l’empire romain. Il ne goûtera pas longtemps la gloire. Le Roi des Rois, titre que lui vaut sa victoire, est assassiné, en 267, avec son fils. 

À sa mort, sa veuve Zenobie, dont il n’est pas exclu qu’elle ait commandité l’assassinat de son mari, prend le relais et assure la régence avant de transmettre le pouvoir au fils qui lui reste, Wahballat.

Le trafic des caravanes commence à diminuer, jusqu’à ce que les Mecquois, avant même l’arrivée de l’islam, redonnent à Palmyre sa fonction de plaque tournante. Au VIe siècle, les caravanes transportent alors des pierres précieuses, de la soie, des fourrures, des épices, des perles et toutes sortes de choses rares recherchées par les orientaux 

Au carrefour des routes caravanières qui s’en vont jusqu’à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate, d’où partent des navires avec leur chargement pour l’Inde, Palmyre est dès lors la plus grande puissance commerciale du Proche-Orient, prenant le relais de Pétra, au sud de la Mer Morte. 

Les caravaniers qui accompagnent les caravanes en partance pour d’autres horizons se font parfois soldats pour protéger leur cargaison, à l’aide de lances ou d’arcs. L’habileté des ces cavaliers est assez réputée pour avoir été très tôt remarquée par les Romains qui les enrôlèrent dans l’armée romaine.  Il n’est pas douteux que la cavalerie de soldats de Palmyre ait constitué une grande partie des forces militaires qu’Odainat engagea contre les Sassanides, et qui se mirent ensuite au service de Zénobie.

C’est à Palmyre même, dans un haras, que les fameux chevaux de ces non moins fameux cavaliers sont élevés.

Le centre commercial, avec ses boutiques disposées autour de l’agora, prend naturellement place au cœur du quartier monumental, à deux pas des sanctuaires. 

À Palmyre on adorait le dieu “Bôl” (« le Seigneur » en araméen de Palmyre), qui devint “Bel”, le dieu protecteur de la cité, sous l’influence babylonienne. On adorait aussi la déesse arabe Allat, confondue avec l’Athéna des Grecs, tout comme le dieu Nébo, un dieu d’origine babylonienne, assimilé par les Grecs à Apollon, ou d’autres dieux encore, protecteurs des caravanes.

Pour accéder au sanctuaire du dieu “Bel”, on traverse un parvis ouvert sur la ville par des propylées, ces entrées monumentales marquées par deux tours de chaque côté d’un bassin. On y trouve un autel impressionnant servant aux sacrifices, une salle de banquets pour les réunions des prêtres de Bel, et surtout la cella , elle aussi monumentale, qui abrite Bel, et à laquelle seuls les prêtres ont accès. 

Palmyre conquise par l’omeyyade Moawyya en 634, devient musulmane, deux ans seulement après la mort du Prophète. Sous les califes omeyyades, la ville évolua. La construction de boutiques au beau milieu de la grande colonnade transforma cette artère principale en souk. Le temps nous a laissé ces colonnades qui nous rappellent tout cela. Sont-elles encore debout ?

 

Gérard LEROY, le 29 mai 2015