Interreligieux

La désacralisation : une chance ?

La 500e est naturellement dédicacée à celui qui a été l'initiateur de ce site, Philippe Weickmann, à qui j'adresse mon amicale gratitude

   Pour autant que la désacralisation coïncide avec une démystification radicale des illusions et des idolâtries de la conscience religieuse, on peut admettre que, par effet secondaire, la désacralisation aura préservé le sacré authentiquement religieux où s’enracine la foi. 

L’homme moderne croit désormais maîtriser les critères de ce qu’il appelle la modernité. En même temps que l’on observe un déclin de la religion en Occident, s’est affermie l’autonomie de l’homme, la prise en charge de son existence.

Avec le recul du sacré conjugué aux mouvements de notre histoire moderne, on assiste à une conquête nouvelle de la rationalité. Tout devient “manipulable”, et ne doit plus recéler aucun mystère. Tout ce qui advient, la finitude, la naissance, la douleur, la maladie, le vieillissement, la mort, tout doit être contrôlable. Plutôt que de subir la réalité nous parvenons à la maîtriser pour la soumettre. La raison est passée de la soumission au réel à la responsabilité de son histoire. Nous prenons les choses en main !

 On comprend alors que la question du pourquoi, reléguée par la question du comment spécifique de l’intelligence scientifique, la question du sens redevienne plus délicate. C’est à l’homme qui a conquis son autonomie et qui a démystifié un certain nombre d’aliénations religieuses qu’il s’agit d’annoncer Dieu. 

Sacré et profane s’opposent-ils ?

Pour mes amis du GIP 11 que la question turlupine

   La désacralisation du monde moderne servirait-elle le sacré de la foi, ou bien faut-il, comme cela a été suggéré jadis, contrarier la sécularisation en marche et recréer des zones de sacré afin que la foi de l’homme moderne y trouve de quoi s’abriter, voire y prendre racine  ? 

La sécularisation et la laïcisation ont été saluées par de grands théologiens catholiques ainsi que des philosophes protestants, en ce que l’histoire nous entraîne à sortir du complexe mental et institutionnel de la chrétienté qui imprègne les croyants chrétiens occidentaux depuis l’ère constantinienne et le césaropapisme. C’est cette libération vers une nouvelle chrétienté que visait le concile Vatican II. Il s’agit de donner un témoignage plus pur de l’Évangile, dans le respect des autonomies propres au monde. Ainsi le croyant est-il invité à prendre appui sur sa conscience propre, pour exercer sa liberté, s’émanciper par rapport à ses institutions quand celles-ci lui confèrent un rôle de tuteur d’une civilisation. Le croyant est avant tout missionnaire de ses textes fondateurs, même si l’on reconnaît que la foi ne peut vraiment être enracinée dans un pays que lorsqu’elle a pénétré la civilisation qui, en conséquence, se verra estampillée d’un qualificatif religieux.

Certains théologiens catholiques ont voulu en leur temps, restaurer la chrétienté. D’autres saluaient avec joie le processus de désacralisation du monde, tandis que d’autres encore voulaient le resacraliser. 

Le sens de l’altérité au principe du dialogue interreligieux

Pour Edwige, ma fille

   S'il est vrai que le dialogue ne se réduit nullement à l'aspect conceptuel et rationnel du discours tenu par les interlocuteurs, il faut maintenir que le dialogue comporte nécessairement cet aspect. D'autre part, l'expérience montre aussi à quel point la réflexion théologique se trouve nourrie par la pratique d'un dialogue vital qui engage toute la personne, et dans lequel la confrontation doctrinale apparaît comme une des conséquences de cette relation amicale où chacun cherche à comprendre le cœur de l'autre. Des déplacements s'opèrent alors dans la pensée du théologien; c'est avec un regard renouvelé qu'il scrute les données de sa propre foi, constatant que la découverte d’une autre tradition religieuse l'amène à vérifier la sienne propre.

Le dialogue fait en effet l'expérience de l'altérité. Le respect de l'autre est une condition d'authenticité pour toute relation humaine. Le sens de l'altérité est l'un des signes de l'accès à la maturité spirituelle. 

Un autre type d’expérience en découle, qui s’inscrit dans la vie du croyant, c’est l'expérience de communion : le sens de l'altérité se singularise dans le dialogue intra-religieux.

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