Irma, la douce ?

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Pour Paul Marco, en hommage amical

   Nous croyons dur comme fer que nous contrôlons, maîtrisons organisons tout. Il arrive pourtant qu'un événement nous frappe, comme la foudre, et décide à notre place. Si Dieu souffle, où il veut, on l’a senti très fort, sous l’effet d’un ouragan sournoisement prénommé Irma, comme la douce. Saint Barth, comme disent ses habitués, Saint Martin, dont les cartes postales font rêver, pouvaient être fières, hier encore, de leurs villas les pieds dans l’eau azurée d’un océan limpide, des palmiers qu’on imagine balancer lentement au gré d’un vent léger invitant au farniente. Tout est en vrac, dévasté, envolé sous les bourrasques et les trombes d’eau. On imagine aujourd’hui la détresse et le sentiment d’abandon de ces gens.

Rester muet devant un tel désastre serait sinon honteux, du moins suspect. Alors on s’émeut. Ou l’on fait semblant. Le retour des sophistes et de leurs slogans qui tiennent lieu de pensée, a sonné. Les esprits, rendus impuissants à infléchir le cours désastreux de nos temps affolés, vitupèrent notre époque au souffle court, secouée, brinquebalée, inquiète. Désenchantée… Et l’on ne voit toujours pas de quel toit la tuile nous est dégringolée dessus. 

Tandis que défilent des jours que l’on craint plus sombres que jamais, que la population dans l’hébétude s’interroge sur ce qui peut la protéger de la menace climatique qui s’ajoute à celle terroriste, la classe politique se mobilise, cause ici et là, braille même, visant d’abord, semble-t-il, à sa reproduction prochaine en s’organisant sur le mode endogamique, en triant les partenaires apparemment plus aptes à consolider leur conservation. Tout est bon pour vilipender, démolir encore. L’on s’aperçoit alors que le monde est partagé en deux : il y a ceux qui font, tant bien que mal, et ceux qui disent comment il faudrait, ou il aurait fallu, faire. « Que fait donc le gouvernement ? », se lamentent en chœur ceux qui enragent de ne pas en être. 

Les kiosques à journaux prennent le relais, déployant les salissures dont l’opinion publique se délecte. On est moins abasourdi par les clameurs des gobe-mouches, des midinettes, que par les harangues politico-journalistiques qui révèlent la vénalité de ceux qu’on croyait immunisés contre la fourberie, les turpitudes. Des JT exhibent, avec une férocité mielleuse, le linge sale des nervis qu’on avait élus, des dénonciateurs vous invitent à vous associer à leur indignation avec des accents vertueux. Bref, le fauteuil du juge nous tend les bras, pour qu’à notre tour nous conduisions à la guillotine tous ceux dont l’éviction pourrait nous redonner un peu de hauteur. 

L’homme est toujours immanent au monde mais il ne le transcende plus.

 

Gerard LEROY, le 21 septembre 2017