J’suis bénévole ! Excusez-moi !

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Pour Pauline de Marmiesse, en partage amical

   L’on ne cesse de se gausser du statut de bénévole. Certes, le service rendu est souvent louable… une fois rendu !

Car on a affaire à deux sortes de bénévoles. L’expérience démontre en effet que le bénévolat, si méritoire, est trop souvent spolié par des candidats bénévoles qui usent de l’alibi pour, à la fois, se donner bonne conscience et la possibilité de se dégager de tout engagement responsable dès qu’une envie presse. « J’peux pas, j’ai piscine » ou « je serai absent, je suis inscrit à une retraite » ou même « j’ai un gros rhume ». Dans toutes les associations on rencontre ces soldats de plomb qui s’autorisent à se plaindre d’une armure trop lourde. N’allons pas les blâmer, ils ne comprendraient pas, ces sacro-sanctifiés de bénévoles.

Parmi toutes les tâches qui ne s’envisagent pas autrement pour les accomplir que comme bénévoles, il y a celles qu’on propose à l’église, nous assurant que le moindre défaut sera aussitôt exaucé, « absout », par la mansuétude charitable qui doit coller à la peau comme une seconde peau aux curés et à ceux qui les entourent. Car « on » se sanctuarise en s’étant déclaré « bon pour le service d’église ». « On » a la conscience sauvée.

Or, le bénévolat est un service, certes, qui implique un travail, quelqu’il soit. Le premier acte du potentiel bénévole est de choisir le terrain sur lequel il se propose d’exprimer son talent. Le choix peut s’orienter vers un groupe artistique, un club sportif, une œuvre caritative, l’église… Le choix du terrain constitue la première étape du service à offrir.

En second, le service répond à une demande et profite donc au groupe choisi, en vue d’améliorer son fonctionnement, son efficacité, lui permettre d’entreprendre ce que le manque de bras ou de cerveaux lui interdisait. La tâche est ici synonyme de travail. Tout travail requiert de la compétence, de l’expérience, des qualités physiques, intellectuelles, bref un peu de talent à mettre au service d’un groupe humain, qu’on soit musicien, boulanger, médecin, clown, couturière ou ingénieur, contrôleur ou amuseur public. Si le groupe humain « récolte » les fruits de ce travail, celui qui le fournit bénéficie du terrain où s’exercent ses qualités qu’il a eu l’opportunité de développer. Ainsi le partenaire se voit-il lui-même « augmenté ». L’estime de soi est alors le miroir de sa praxis.

Enfin, le service rendu appelle une reconnaissance. Selon l’importance de la tâche effectuée un merci peut suffire, un compliment peut réjouir ce qu’il y a d’ego chez le partenaire, tout comme les applaudissement sociaux (« ça ne mange pas de pain » dira-t-on). Il reste que le service rendu, qui a coûté de l’énergie, du temps, qui exigeait un savoir-faire, de la compétence, le sens de la responsabilité, peut-être même des sacrifices, tout cela appelle une rétribution, à la hauteur du service rendu et de l’investissement nécessaire à l’accomplissement. La rétribution est le signe de reconnaissance, multiséculaire, qu’attend le partenaire qui a offert ses services. Pense-t-on que le service du plombier s’acquitte d’un remerciement ? Croit-on que la confiance perdure quand un employeur se contente effrontément d’un merci ?

L'église est une organisation qui repose sur la confiance. Certains en consomment et en abusent. Le jour ne tarde pas où ses serviteurs ont à subir des défections. Ce qui les désole, ce n’est pas qu’on les ait trompés, c’est que désormais ils ne peuvent plus faire confiance. Cela nous pousse à être chaque jour encore plus professionnel, à maintenir la liberté de choix des collaborateurs pour une prestation, et la liberté d’exigence que requiert la mission qu’on leur confie. Et donc à fixer, dès le début d’une collaboration, les conditions de celle-ci.

 

Gérard Leroy, 4 juin 2018