Là-bas, on affiche "complet" le dimanche !

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Pour Marie-France Cals, en hommage amical,  

   Certains déplorent que la semaine soit appelée à redevenir païenne, le septième jour nous orientant plutôt vers les achats que vers la mémoire du rachat. Nous voilà retournés à l’antiquité. Car c’est aux Babyloniens, leurs pires ennemis, que les Hébreux ont emprunté ce cycle de sept jours, en dépit de la répulsion qu’à l’origine ils éprouvaient pour ce chiffre néfaste, voué aux désastres.

Comment s’est opéré ce retournement ? Les traditions responsables de la rédaction du Livre de la Genèse ont tout simplement fait de la semaine le symbole de la Création, réservant au repos bien mérité du Seigneur tout un jour, le septième.

Le paganisme romain n'a pas hésité à exploiter le filon des biblistes pour vénérer ses dieux, faisant se succéder Mars (mardi), Mercure (mercredi), Jupiter (jeudi) et Vénus (vendredi). Même le dimanche, Sunday en anglais, reste dédié au dieu-soleil de la religion romaine.

Seule unité de temps qui ne soit pas induite par le mouvement naturel des astres et leur place par rapport à notre planète, la semaine est purement et simplement une invention de l’homme, lequel la rapporte à une œuvre divine comme pour la cautionner mieux que ne le feraient les astres et les cycles de la nature. Grâce à la religion, celle des Babyloniens, des Mèdes, des Assyriens puis des Hébreux, on peut bénéficier d’un jour chômé, un jour longtemps consacré à celui auquel on devait cette aubaine et qu’on délaisse peu à peu tant qu’il ne ne nous enverra pas un autre miracle qui nous apporte plus que les soldes.

On peut désormais se passer d’une vacance hebdomadaire et programmer son emploi du

temps sur les décades, comme les Romains ou les Français au lendemain de leur Révolution.

Jadis, les gens du village dont les maisons s’agglutinaient autour de l’église, se rendaient immanquablement tous les dimanches à l’office annoncé à grand renfort de cloches. Sous d’autres cieux on se rendait —et l’on se rend encore—, tout aussi régulièrement, à la synagogue ou bien à la mosquée, édifices construits avec le talent et l’amour d’artistes voués à la cause.

À l’écart de ces monothéismes, l’hindouisme et le bouddhisme préférant sans doute la vacuité chère au Taoïsme, se dispensent d’une enceinte au cœur de laquelle pourraient se rassembler les fidèles : ils s'isolent pour prier, là où ils le décident et quand ils le veulent.

Gardons-nous de penser que la laïcisation de la semaine est en train de se répandre sur le monde. Tout ne se mondialise pas. En Afrique et en Asie du Sud-est on n’arrête pas de bâtir ! De bâtir des églises, oui. Au Vietnam, l’infrastructure est dépassée par l’engouement pour le culte, au point que la voix des célébrants est diffusée jusque sur les parvis par des hauts-parleurs.

Bref, qu’on se le dise, il y a des pays où l’on refuse du monde à la messe !

 

Gérard LEROY, le 13 juin 2014