L’éclairage du concile de Nicée

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 Pour Pierre et Annette, en hommage amical

   Que disait Origène ? Par définition, celui qui reçoit est inférieur, celui qui donne, plus grand”. “Par définition, l’image est inférieure à son modèle”. 

C’est à partir de ces principes repris par Arius, que s’établit l’hérésie arienne, qui réduit le Fils à la qualité de créature. Et même si le Fils est considéré supérieur aux créatures, il ne peut être égal au Père. Voilà ce que conclut Arius.

 

La réaction nicéenne se penche sur cette approche et aboutit à l’égalité du Fils avec le Père, le Père qui est Dieu.

 

Si les Pères du concile, quelles qu’aient été les circonstances extérieures, ont rompu nettement avec la séduisante présentation arienne du mystère de Dieu, c’est qu’en prenant cette position ils avaient conscience d’être en accord avec la foi des apôtres et fidèles à la foi reçue du Christ. Mais le concile n’a pu s’arracher à ce qui est apparu comme déviation, qu’en s’opposant radicalement au principe subordinatianiste d’Origène, et ceci à deux niveaux :

 

- au niveau de la relation modèle/image. C’est l’évêque d’Alexandrie, du nom d’Alexandre, qui a pressenti que “de soi, plus une image ressemble à son modèle et plus elle réalise la définition de l’image”. C’est ce principe qui sera repris par Athanase.

- au niveau de la relation “donner-recevoir”. Le Père, qui donne, donne en vertu de ce qu’il est, Dieu; le don est don divin, et le don divin ne peut être que total. Ainsi le Fils à qui tout est donné, est égal au Père. Et le Père ne peut donc rien faire sans le Fils, ni se concevoir indépendamment du Fils. 

Il y a donc égalité parfaite, union totale dans la distinction la plus radicale du Père et du Fils.

 

Voilà comment la réaction nicéenne prend ses distances par rapport au subordinatianisme et marque une coupure décisive au niveau de la réflexion théologique. Car avant Nicée, quand on voulait représenter la procession du Fils, la grande analogie qui s’imposait à l’esprit s’appuyait sur la cosmologie, avec ses notions d’espace et de temps. Le Fils se comprenait en relation avec le monde considéré comme condition nécessaire de la venue du Fils à l’existence. Avec Nicée, l’approche cosmologique du mystère du Christ est abandonnée. 

 

Les Pères reviennent à l’Écriture : ils s’efforcent de penser la procession du Fils à partir de l’affirmation que “Dieu est Père”, qu’il “engendre véritablement un Fils”. Ils affranchissent l’engendrement de la matière, et du temps. La génération du Fils est purement spirituelle et ne se comprend pas “à un moment donné dans le temps”.

 

 

Le symbole est trinitaire par sa structure, monothéiste par son affirmation première : “Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant”. “Un seul Dieu” ne désigne pas ici la Trinité “une”, mais le Père seulement, qui, en un sens, résume déjà, contient en lui, tout le mystère trinitaire. Le mot Père renvoie en effet au mot Fils auquel il est lié, par nature. 

Nous avons là le cœur de la définition conciliaire.

 

Le moment “filial” du symbole se prolonge par l’évocation de l’incarnation rédemptrice, qui débouche sur l’exaltation du Christ, et sur la promesse de son retour glorieux. On notera donc :

- la mention au Fils pré-existant. De sorte que c’est le Fils lui-même qui s’est incarné. Dans le texte grec les verbes évoquent bien la génération éternelle. 

- la brièveté de l’évocation de l’Esprit, qui manifeste bien la préoccupation des Pères ne pouvant pas faire l’économie de la mention de l’Esprit. C’est ce point qui sera repris et développé au concile de Constantinople.

 

Sans l’avoir cherché, le concile a libéré le mystère de Dieu de plusieurs scories :

- le principe de subordination, une fois rejetée la vision “pyramidale” des êtres, s’efface. Dieu quitte le sommet de la pyramide ! Et du coup le Fils est dégagé de l’occupation de l’étage supérieur de la pyramide;

- la différence radicale qui s’inscrit entre la procession du Fils et l’origine causée des créatures;

- la génération du Fils, confrontée avec le dogme du monothéisme le plus absolu, nous met sur la voie de la distinction des notions de nature et de personne.

 

Un tel renversement de perspectives ne s’est pas improvisé. Il a nécessité un intense effort de réflexion, avant, pendant et encore après le concile. Origène avait préparé la voie au dépassement de son subordinatianisme. Certaines données fondamentales du mystère de la Trinité ont ainsi été dégagées.

 

 

Gérard LEROY, le 19 juillet 2013