L’identité permanente de la foi chrétienne

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Pour Michael Post, en hommage amical

   Les chrétiens sont souvent remis en cause par des critiques de la "religion", perçue par beaucoup comme fauteur de trouble. Il ne serait guère diplomate de rejeter ces critiques d'un revers de main, et plus constructif de déceler sous quel angle de vue elles sont émises. Le mot même de "religion" est un terme équivoque. Michel Despland, dans une thèse consacrée à l'histoire de La religion en Occident (1), avait répertorié en annexe quarante définitions de la religion, émises par de grands esprits, de Cicéron à Schelling, en passant par Spinoza, Montesquieu, Napoléon et bien d'autres.

On peut envisager quatre catégories d'approches de la religion. La première, en ce qu'elle décrit le phénomène religieux comme propre à l'homme depuis les débuts de l'humanité et à travers toutes les civilisations; l’approche est anthropologique. C'est tout le travail entrepris par Mircea Éliade par

exemple (2), ou encore par Freud dans certains de ses ouvrages dont Moïse et le monothéisme (3). La seconde approche est psychologique. Elle consiste à décliner la religion de la projection subjective issue de l'angoisse devant la mort. C'est la religion identifiée au besoin religieux par les “maîtres du soupçon”, humanistes athées, Marx, Nietzsche et Freud . La troisième approche est philosophique. Elle part de la question : "Dieu est-il ?" C'est l'approche d'Anselme (4), de Thomas d'Aquin (5), précédant une quatrième approche, proprement théologique celle-là, et qui part du principe que Dieu s'étant révélé la question devient : "Qui est-il ?" (6). 

L'identité permanente de la foi chrétienne ne s’insère pas dans l’une ou l’autre des deux premières catégories d’approche, mais peut répondre aux deux dernières questions par l’Évangile auquel elle adhère. L’identité permanente de la foi chrétienne est l'Évangile. Il s'agit d'abord de déstructurer un certain nombre de représentations résiduelles qui sédimentent depuis les histoires du catéchisme. La foi ne relève pas d'une construction rationnelle, mais d'une adhésion à une histoire signifiante. Chaque chrétien, dans sa vocation à partager sa foi, est donc missionnaire. Non pour grossir les rangs de l'Église, mais pour donner à d'autres la joie qu'il a reçue. 

 

Gérard LEROY, le 19 juin 2014 

 

1 Michel Despland, La religion en Occident, Cerf, coll. Cogitatio fidei, 1979.

2 Mircea Éliade, Traité d'histoire des religions, Petite Bibliothèque Payot, 1975

3 S. Freud, Moïse et le monothéisme, NRF 1980.

4 cf. Anselme, Sur l’existence de Dieu (Proslogion), Texte et traduction par A. Koyré. Vrin, Bibliothèque des Textes Philosophiques – Poche. 

5 Thomas d'Aquin, Somme Théologique, Ia, qu 2, art. 2, éd. du Cerf.

6 Question que pose la Prima pars  qui distingue l'Être (“Esse” ) de Dieu (q 2 art 1 & 2) du "comment il est" (“Essentia” ), (q 3 à 11). 

Les mots humains, qui ne peuvent parler de Dieu qu'à partir d'un mouvement qui tourne l'homme vers Lui, ne parviennent qu'à proclamer, au-delà de toute affirmation et de toute négation, la suréminence de Dieu. "C'est pourquoi, écrit Thomas d'Aquin, il faut dire que les noms signifient la substance divine et sont attribués à Dieu substantiellement mais qu'ils défaillent quant à ce qu'ils expriment. La visée dépasse l'expression" , cf. Thomas d'Aquin, Summ Théol., Ia, q 13, art. 2.