La crise... de la social-démocratie

Version imprimableSend by email

L’État-Providence, à l’origine, traduisait l’État de bien être. L’approche s’appuie sur une conception assurantielle de la société, s’appuyant sur la présupposition selon laquelle la société peut intervenir sur elle-même. Sa démarche consiste donc  à assumer une solidarité organique où domine déjà l’individualisme. L’État-Providence est lié à la social-démocratie, réformiste,  keynesienne, prônant l’impôt comme outil de correction des inégalités.

 L'entrée en crise de ce système social-démocrate est à situer dans les débuts des années 1970, selon Jacques Julliard. La crise financière dont nous gémissons aujourd’hui était dans l’œuf.  Les prélèvements obligatoires étaient passée de 35 à 45% du PIB au cours de la décade suivante. La crise de la social-démocatie est idéologique, en ce qu’elle est attachée au libéralisme. La crise est sociale enfin. À force de distribuer les aides dans l’anonymat, le contrat finit par remplacer la subvention. C’est bien ce que dénonçait le Premier ministre Tony Blair au cours de son exercice quand il voulait sensibiliser à la responsabilité personnelle.

 La crise s’est accompagnée du phénomène d’exclusion, lui-même conséquence de l'hégémonie de l'économie dans une société mondialisée où la conquête des marchés devenant la forme d’expression de l’excellence, où chaque pays vainqueur légitime ceux qui conquièrent les parts de marchés pour l’économie de leur pays, ceux qui négligent la compétition peuvent être assurés que d’autres les remplaceront. Ce faisant, on élimine les faibles, on crée l’exclusion.

 Le problème qui s’ajoute pour ceux qui s’attellent au phénomène de l'exclusion c’est la difficulté à identifier les exclus. Ils ne sont pas identifiables tout simplement parce qu’ils ne sont pas représentés dans la société. En 1992, deux cent mille bénéficiaires du RMI n’avaient jamais reçu d’aide sociale auparavant. L’exclusion prive du lien social et de l’échange. D’ailleurs les exclus n’ont pas d’adversaire plus aisément identifiable qu’eux-mêmes.

Notre société individualiste est marquée par la peur de l’autre, y compris l’exclu. Les républicains ont tardé à reconnaître l’exclusion. Le  politique fonctionne au machiavélisme, attendant “qu’ils manifestent” pour estimer le bras de fer qui s’engage.

La crise de l’emploi, amplifiée de manière dramatique aujourd’hui, existait déjà bien avant 2008 et conjuguait ses effets avec la crise du lien social dûe à des phénomènes sociaux nouveaux, qu’il s’agisse de l’instabilité des familles, de la mobilité géographique exigée par la profession et qu’A. Touraine appelle “le nomadisme industriel”, ou bien encore de la crise du sens de la vie en société, et enfin de la crise de la religion.

 Je distingue trois réactions politico-idéologiques à cette crise. L’une, qui se veut légitime, socialiste, tente d’harmoniser l’équilibre entre l’État Providence comme distributeur, et l’économie de marché. L’autre, néo-conservatrice, héritière de la politique de Madame Tatcher, dans la perspective de redémarrer le processus économique, tolére le chômage et les bas salaires, et retient l’interventionnisme de l’État. La troisième enfin oppose une critique radicale à la croissance. C’est la réaction des écologistes, par exemple, qui veulent apprendre à consommer moins, à accepter un niveau de vie moins élevé.

 Ces causes de la crise de la social démocratie ne tiennent-elles pas de l’ignorance, factorisée par l’individualisme, l’ “égoïté” aurait dit Lévinas, de la responsabilité démocratique.

 Il faudrait admettre que la démocratie est par nature inchoative, et ne peut donc envisager un parfait achèvement, car aussitôt elle s’anéantirait. La démocratie doit se considérer comme une manière de vivre. Tous ceux qui en vivent doivent la faire vivre. Enfin, parce que la démocratie acceptée dans sa définition donnée par le juriste américain Kelsen comme État de droit, il faut ne pas oublier que la démocratie est fondée sur des valeurs supra-juridiques. Si l’étymologie désigne la démocratie comme un systèmre où le peuple est souverain —en régime démocratique aucun pouvoir ne peut être issu autrement que du suffrage universel.—, aujourd’hui la souveraineté du peuple converge avec le respect du droit. Un État démocratique fixe le droit comme  norme, contrairement à un état despotique qui ne respecte pas ce qu’il édicte. Le respect de la loi est fondamental. Voilà pourquoi c’est un non-sens de déclarer qu’en démocratie tout est permis, au prétexte simpliste que chacun est libre. Car alors l’anarchie n’est pas loin !

 

Gérard LEROY, le 19 avril 2009