La diversité religieuse pose la question de la vérité

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Pour Bernard Rubiella, en témoignage d'amitié

Quelle religion est vraie ? La vérité n’appartient-elle qu’à une seule? Ou à toutes ? Ou bien encore à aucune ? Qu’est-ce que la vérité ?

Dans la tradition grecque, la vérité est la réalité “dé-voilée”, c’est ce qui est à découvert. On a peu de chance de la rater, disait Aristote, tant elle est énorme. Les siècles ont passé sans que rien ne changeât là-dessus. Pas même avec Husserl (†1938) qui prétendait que la vérité, d’une irréfutable évidence, n’avait pas besoin d’être démontrée.

Thomas d’Aquin l'a définie comme adequatio intellectus et rei, adéquation du discours de l’intelligence du réel et de la réalité qui juge et homologue le discours.

Aujourd’hui, nous avons un sens très vif d'une nouvelle épistémologie de la vérité, approchée par de multiples disciplines, et vérifiée existentiellement.

La quête de vérité est au cœur du dialogue interreligieux. Parce qu’elle est au cœur même de la démarche du croyant qui décrypte le sens du texte, au-delà du récit. La lecture invite le lecteur à dépasser ses préjugés, sa particularité culturelle, afin que de la rencontre entre les horizons du lecteur et les horizons du texte surgisse un nouvel horizon éclairé par une connaissance nouvelle, actualisée.
 

Au cœur du dialogue interreligieux c'est l’autre qui devient le texte.  La compréhension de cet autre use à la fois de la rationalité et de l’affectivité, i.e. de la connaissance objective et de la connaissance subjective. Il s’agit de comprendre ce que dit l’autre, et qui est l’autre qui le dit. Il s’agit de penser la pensée d’autrui, comme par empathie. Et si la compréhension s’envisage, c’est en raison d’un présupposé, que les consciences s’inscrivent sur un même horizon, la vérité, et que la vérité se fraie un chemin à travers l’échange et le dialogue.
 

La pluralité des formulations ne signifie pas qu’il y ait une multitude de vérités. Si la vérité continue de traduire l' adequatio intellectus et rei,  elle se constitue aussi à partir de l'interprétation, toujours inchoative, d'une réalité qui ne rend que partiellement sa vérité au découvreur. La vérité est "dévoilement", qui nécessite l'approche herméneutique de nos textes fondateurs si l'on veut déceler des parcelles de la vérité, et en tirer quelque chose de vrai, pour nous, ici et maintenant.
 

Ne nous laissons pas envahir par le relativisme clamant que tout se vaut. Une vérité unique est toujours envisageable, formulée différemment selon les cultures.
 

Convaincus qu'une vérité infiniment plus grande dépasse le caractère forcément partiel de nos vérités, nous pouvons, dans nos différences, l'attester et la célébrer.

 

Gérard LEROY