La vie cultuelle du monde méditerranéen sous la Rome des Césars

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Pour Edwige, ma catéchiste que j'embrasse

     Le Temple. Est-il la demeure de Dieu ? Deux traditions concourent, l’une s’appuie sur la grandeur du Temple comme habitation de Dieu, l’autre pour rappeler que Dieu ne peut être enfermé dans un édifice humain.

Le Temple de Jérusalem est le lieu de culte pour tous les Israélites. Le seul. Le Temple cimente la communauté juive qui se place sous la tutelle spirituelle de ses prêtres.

Le premier Temple de Jérusalem avait été construit au Xe siècle, sous Salomon, par des artisans venus de Tyr. Quand les troupes de Nabuchodonosor détruisent le Temple, en 587, elles déportent la population israélite à Babylone, qui emporte l’Arche d’Alliance en exil, où elle disparaît. 

 

La reconstruction du Temple après l’exil est envisagée plus modestement. Hérode le Grand, en 20 BC, entreprend alors de l’agrandir. C’est ce Temple que découvre Jésus, qui allait être à nouveau détruit, en 70, par les Romains cette fois.

 

Vingt mille hommes travaillent au Temple, au temps de Jésus. Le sacerdoce est hiérarchisé et comprend trois classes : le Grand Prêtre, pontife suprême des juifs qu’il représente devant les Romains. Il préside le Sanhédrin, sorte de Cour suprême créée par les juifs après l'Exil pour juger des affaires  religieuses. Il dirige le culte, et est seul autorisé, une fois par an, à pénétrer dans le “Saint des saints”, partie séparée du reste du Temple par un rideau, où se trouvait l’Arche avant l’exil. Les grands prêtres du Sanhédrin sont chargés des finances et de la police du Temple. Les autres prêtres, les lévites, constituent le bas-clergé, et sont attachés aux services liturgiques du Temple. 

 

Aux abords du Temple, une foule de mutilés, d’estropiés, d’aveugles, demande l’aumône. L’endroit s’y prête, ils savent que l’aumône est agréable à Dieu. Des marchands y déchargent leurs chameaux ou leurs ânes; les porteurs et des commerçants, cherchant des raccourcis, n’hésitent pas à traverser le Temple avec leurs troupeaux.  

 

La synagogue. Les synagogues apparurent vraisemblablement durant l’exil, et se multiplièrent rapidement (Ac 6, 9). Au temps de Jésus il s’en trouve une en chaque bourgade palestinienne. Rome en compte treize. Une synagogue, c’est la maison de tous. C’est l’auberge où l’on peut se restaurer ou passer la nuit.  La synagogue est orientée vers Jérusalem car tout juif se tourne vers le Temple pour prier. Elle se présente comme une petite salle disposant d’une armoire enfermant des rouleaux de la Torah et des Prophètes. Un rideau cache l’armoire qui contient les précieux rouleaux. Une lampe à huile est allumée en permanence, rappelant aux fidèles la présence de Yahvé. Les places du fond sont réservées aux femmes, à l'écart, afin qu'elles ne soient pas mêlées aux hommes le jour de leur ménorrhée qui les rend impures. À proximité de la synagogue on trouve toujours une fontaine ou des bains pour les ablutions rituelles.

 

Le chef de la synagogue est un laïc, notable du village. Son sacristain fait fonction de chantre et de maître d’école, au côté des pharisiens ou des scribes. Un rabbi de la synagogue de Nazareth du temps de Jésus prétend qu’ “il faut engraisser les enfants avec la Torah, comme on engraisse les bœufs à l’étable

 

Le peuple juif se rassemble dans la synagogue pour y lire la loi, prier. Trois fois par jour, le Juif pieux confesse sa foi dans le Dieu unique. Les juifs viennent à la synagogue pour y traiter des affaires communes. Lieu de prière et d’enseignement la synagogue n’est pas exclusivement réservée à des fonctions religieuses. On y tient des réunions, aussi bien religieuses que profanes. La politique et la religion sont liées. Les problèmes à résoudre donnent souvent naissance à des polémiques passionnées. Alors, aux prières succèdent parfois les invectives.

 

On n’y pratique pas de sacrifices. Car c’est au Temple que le juif honore Dieu de ses sacrifices. 

 

Une célébration commence par la lecture de la Torah, ou d’un Texte prophétique. Un lecteur, âgé de plus de 13 ans, monte sur une estrade. Le texte est ensuite commenté par les gens de l’assistance qui s’y prêtent. L’assemblée se sépare enfin après les bénédictions. 

 

La Synagogue attire les craignants-Dieu qui deviennent ce qu’on appelera les prosélytes. L’office le plus important se déroule le jour du sabbat. Le sabbat est hebdomadaire. Il commence le vendredi soir au coucher du soleil. À partir de ce moment cesse tout travail, en mémoire du repos de Dieu après la création. Le vendredi, on nettoie la maison, et on procède aux achats afin que les repas du sabbat, consommés froids, puissent être apprêtés avec soin. C’est un jour de joie et l’on s’habille en conséquence. C’est aussi un jour de prière et l’on se rend donc à la synagogue.

 

La prière quotidienne est le premier acte du jour, avant toute autre activité, puis le soir, pour clore la journée. Le priant s’enveloppe pour cela d’un châle et fixe des phylactères à son front, deux étuis cubiques, en cuir, contenant sur d’étroits parchemins des passages de la Loi dont le chema Israël; les phylactères sont fixés sur le bras gauche, côté du cœur, et sur le front. Cette coutume obéit au Dt 6, 8 (“Tu attacheras mes paroles à la main...” etc.).

 

Le temps a passé. Les rites religieux subsistent, empreints de la même piété.

 

 

 

Gérard LEROY, le 22 mars 2013