L'aide médicale à la procréation. Présentation et enjeux.

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Pour Catherine et Philippe Levie, en hommage amical

Il faut remonter à 1790 pour trouver la première insémination artificielle. Elle a été pratiquée en Écosse, à l’aide d’une plume. D’autres expériences ont suivi, en 1884, en 1969, puis en 1978, en Angleterre. C’est en 1981 que, sous la houlette du Professeur René Frydmann, est née en France celle qui fut appelée le premier bébé-éprouvette. Amandine fêtera donc ses trente ans en 2011.

L’Aide Médicale à la Procréation (AMP) permet aux couples infertiles d’avoir un enfant. Le nombre d’enfants nés dans le monde de l’AMP était de 20042 en 2006.

La technique de l’insémination artificielle permet de l’envisager préventivement, par congélation de spermatozoïdes. Les gamètes mâles requis peuvent être, par exemple, ceux d’un d’un homme appelé à des traitements anticancéreux stérilisants dont on sait qu'ils ont pour effet secondaire d'éliminer les spermatozoïdes. On peut aussi envisager de stocker le sperme d’un donneur autre que le conjoint, dans le cas, par exemple, d’absence de spermatozoïdes dans le sperme du conjoint.

La première étape de la fécondation consiste à déposer dans une éprouvette un ovocyte et un spermatozoïde. Les ovocytes sont des cellules féminines présentes dans les ovaires des petites filles dès leur vie in utero (tandis que les ovules sont les cellules résultant de la maturation d’un ovocyte, qui a lieu quelques heures avant l’ovulation; c’est pourquoi le terme d’ovocyte est préféré à celui d’ovule par les biologistes et les spécialistes en gynéco-obstétrique). L’ovocyte chemine le long des parois des trompes de Fallope et se transforme en ovule lors de la rencontre éventuelle avec un spermatozoïde. La fécondation in vitro c’est précisément la rencontre de ces deux gamètes, impossible naturellement, à cause, par exemple, de l’obstruction des trompes.

L’opération exige au préalable une stimulation de l’activité ovarienne avant le prélévement de plusieurs ovocytes. La stimulation est effectuée par des injections sous-cutanées quotidiennes, pendant dix à douze jours, suivis d’une période de trente-six heures de repos précédant la prélévement sous anesthésie, par voie vaginale, des ovocytes. Cette technique est réputée lourde. Les ovocytes sont ensuite déposés dans une éprouvette en vue d’être mêlés aux spermatozoïdes prélevés.

Les embryons surnuméraires sont conservés dans l’azote liquide, à une température de -196°C.

La loi de bioéthique de 2004 prévoit de réserver l’AMP aux couples formés d’un homme et d’une femme vivants, en âge de procréer, mariés ou vivant ensemble depuis deux ans au moins.

Aujourd’hui, les parlementaires proposent d’élargir la Fécondation In Vitro (FIV) aux femmes célibataires stériles. Dans cet esprit certains sont favorables au transfert d’embryon chez une femme dont l’époux ou le compagnon est décédé.

On peut spontanément supposer les conséquences de ce progrès, qui permet de différer une naissance jusqu’à un âge avancé; on observe aussi que des femmes seules ou des homosexuels peuvent en bénéficier. Le législateur est amené à trancher : l’AMP doit-elle rester un traitement médical, ou répondre à l’infertilité dite “sociale” et devenir un mode alternatif de procréation ?

Le débat porte d’abord sur la présence nécessaire des deux parents, condition notifiée dans la loi 2004. Pour l’enfant, est-ce important de disposer de deux parents ? Casser la norme ne remettrait-il pas en cause le schéma de la filiation sur lequel nous fonctionnons depuis des lustres ? Est-on préparé à faire face à un changement qu’entraînerait la légalisation des applications liées à ce progrès ? Sait-on, a-t-on examiné, toutes les conséquences ?

Les arguments en faveur d’un élargissement de la loi aux femmes célibataires portent sur la souffrance des personnes seules, ou sur celle des couples homosexuels privés d’enfant. Pour appuyer cette argumentation on en vient à dénoncer une discrimination de la loi. Certains soulignent encore que le médecin traite non seulement les maladies mais aussi la souffrance des malades. Ainsi parle  le Israël Nisand. 

Quelle positions tiennent les religions sur ce sujet ? Elles sont globalement opposées aux évolutions qui ne s’inscriraient pas dans le cadre familial traditionnel (mère, père, enfant). Les protestants se soucient de surcroît d’une éventuelle souffrance de l’enfant à naître, confronté à une dissociation entre le génétique et l’affectif. Mais le point qui inquiète le plus les religions, c’est  l’existence d’un nombre considérable d’embryons congelés. Au 31 décembre 2006 on comptait 176500 embryons conservés par le froid ! Qu'allons-nous en faire ? S'ils ne sont plus l'objet d'un projet parental, allons-nous les donner ? Les orienter vers la recherche ? Les détruire ? Les dispositions prises sont liées au concept que chacun est tenté d'attribuer à l'embryon. Et là-dessus, le consensus n'est pas pour demain...

 

Gérard LEROY, le 11 décembre 2009