L'Asie et l'Afrique, nouveaux continents théologiques

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Pour Jean-Louis Machuron, l'ami globe-trotter

 

 

Aujourd'hui, plus d’un Chinois sur cent est chrétien. La proportion est la même au Japon et de 2% en Inde. il semble que subsiste comme une imperméabilité asiatique à la mission chrétienne, et à l'inverse une perméabilité africaine .

 

 

Socialement l’Asie et l’Afrique sont deux continents engagés dans une transformation rapide. Tous deux restent sous la menace avérée de la misère à laquelle peut s’ajouter la botte des régimes militaires. Du point de vue religieux ces deux continents n’échappent pas à la sécularisation. Deux questions surgissent. La société productiviste, où l’économie a valeur hégémonique, peut-elle s’accommoder d’une vision sacramentelle du monde ? D’autre part, le christianisme “exporté” dans ces pays, véhiculé par la culture occidentale, peut-il être reçu par ces peuples riches de culture, dont le comportement et les mentalités ont été façonnés par les modalités de la transmission orale ?

 

À l'origine des théologies de l'Asie

En 1946 le Japon est vaincu et dévasté, son peuple  désemparé. Dans son ouvrage Théologie de la douleur de Dieu  le théologien japonais Kazoh Kitamori pense que la peine de Dieu pour son peuple fait partie intégrante de l’Évangile. La Croix du Christ signifie que Dieu, qui s’est fait homme, et parce qu'il s'est fait homme, ne peut que souffrir de la détresse de l’homme. La conception bouddhiste de la souffrance n’est pas innocente de cette démarche théologique qui ne peut échapper au dialogue avec le bouddhisme.

L'hindouiste, lui, s'est installé dans son panthéon de multiples divinités, dans lequel il intègre Jésus-Christ comme un avatar, c’est à dire une des manifestations venues du ciel, notamment celles de Vishnou, divinité descendue sur terre pour combattre les forces du mal, organiser l'espace, et maintenir l'ordre. Mais l'avatar n’est pas l'Incarnation. Les autorités locales de l’Église ont dû brandir le spectre du syncrétisme. La rencontre interreligieuse a été retardée. Le dialogue a été amorcé. Le vivre ensemble reste fragile.

 

 

À l'origine des théologies d'Afrique

 

Tout part d’un ouvrage collectif intitulé Des prêtres noirs s’interrogent, paru en 1956. Ce qui est discuté: c’est la mainmise du christianisme européen. Ce qui est revendiqué : c’est l’émancipation d’une Église autochtone.

L’expression “théologie africaine” voit alors le jour. Elle commence par dénoncer l’imposition de la Révélation par la force culturelle gréco-latine, cause de la rupture du lien des convertis avec leur culture. La théologie africaine poursuit par une tentative d’adaptation du message chrétien aux africains, message à l’origine trop assimilable à un produit d’importation. Il s’agit de présenter la Révélation adéquatement à la vérité de Dieu et à la vérité de l’homme auquel elle s’adresse. Cette théologie de l’adaptation est jugée dépassée, en 1974, par les évêques d’Afrique et de Madagascar. On parle alors désormais de la foi chrétienne à partir des cultures africaines. On parle en effet d’inculturation. Trois perspectives séduisent le croyant africain:
- Jésus est guérisseur;
- Jésus est médiateur entre Dieu et les hommes;
- Jésus est le grand initiateur, maître de la vie et de la mort.

En dialogue avec les théologiens du Tiers-Monde, les théologiens africains prennent appui sur la problématique de libération, pour considérer la perte d’identité et de dignité africaines conséquente aux siècles d’esclavage et de colonialisme.

 

Les théologiens africains ne sont désormais plus considérés en marge du monde, anglophone et protestant, ou francophone et catholique. Leur contribution au christianisme mondial est en marche. Elle sera originale et festive. Cette absence est effectivement à prendre au sérieux. L’accouchement est prévu difficile. Mais, comme l’a écrit le premier cardinal de la République Démocratique du Congo, le cardinal Malula : “l’enfant sera nègre !”.

 

G.L.