Le baptême est un plongeon. Mais dans quoi ?

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À Rachel, ma petite-fille, à Dominique et à Gregory

   Le baptême est un geste qui se pratique à l’origine par l’immersion dans l’eau. Pourquoi ? Parce que l’eau est l’élément auquel les hommes, bien avant Jésus-Christ, bien avant la période hellénistique, dans l’Ancien Orient, ont attribué la vertu de purification. On n’entrait pas dans un sanctuaire sans se laver car on n’eut pas été digne de rentrer en prière sans s’être purifié.

Le rite est commun à de nombreuses religions pour lesquelles l’eau est purificatrice et source de vie. À l’époque de Jésus les esséniens l’adoptaient sous la forme d’un bain pris quotidiennement, symbolisant leur effort vers une vie pure et l’aspiration à une grâce purificatrice. Les juifs l’adoptaient aussi lors de l’admission d’un nouveau converti (qu'on appelait prosélyte).

Plonger dans l’eau c’était alors se purifier. Le verbe “baptizein”, en grec, signifie “plonger”. L’adulte plonge ou est plongé dans l’eau, au temps de Jésus, en vue d’une purification.

Au temps de Jésus, le grand "baptiseur", "aspergeur", c’est Jean-Baptiste. Le rite de Jean, dit "le baptiste" se différencie sur trois points : il est proposé à tous et ne se renouvelle pas; il signifie un appel à la conversion; il anticipe le baptême du Messie qui s’opérera “dans l’esprit et dans le feu” (cf Mt 3, 6-12: Mc 1, 4-8; Lc 3, 3-18; Jn 1, 25-33; Ac 1, 22)

Jésus a été baptisé par Jean (cf Mt 3, 13-17; Mc 1, 9-11; Lc 3, 21). Pourquoi cet acte ? On l’interprète comme une volonté de Jésus de se solidariser avec l’homme pécheur (n’est-il pas “Fils de l’homme”, i.e. appartenant à la communauté des hommes ?). Solidarité, certes, pour ôter le péché.

À l’origine de l’Église le baptême a été pratiqué au nom de Jésus (cf Ac 2, 41; 8, 12.16.38), c’est-à-dire en vue d’une adhésion-appartenance à Jésus. Il ne peut être déjà question de la Trinité.

Le baptême est un sacrement, c’est-à-dire un geste qui réalise ce qu’il signifie. Et ce qu’il signifie, en l'occurrence, et ce qu’il réalise donc, c’est le don de l’Esprit de Dieu qui fait entrer la personne dans l’Église. Le baptisé est en quelque sorte plongé dans l'Église. L’Église étant le corps du Christ, ceci entraîne ipso facto une divinisation et une assimilation à la mort et à la résurrection de Jésus-Christ par la force de son Esprit présent dans l’Église.

Le baptême est signe, signe d’unité des croyants, lesquels ont en commun d’être appelés à vivre de la vie même du Christ. “Plonger” c’est opérer une nouvelle naissance; c’est une sorte de sceau pour une création nouvelle (cf Jn 3, 5). C’est le rite d’insertion juridique et en même temps c’est le moyen, l’instrument, le viatique qui permettra d’atteindre la grâce en plénitude, celle du renouvellement de l’homme partageant désormais la vie divine et appelé au pardon.

Comme le dit Ph. Rouillard en terminant son article d'un récent Dictionnaire (Dictionnaire du christianisme, Temps, figures et lieux, ed. du Seuil) "une théologie ne suffit pas à rendre compte du mystère du baptême et chaque chrétien est appelé à le vivre de manière personnelle”.

Aussi, encore une fois, comme ce fut écrit ici, je mettrais l’accent sur le don (pas un dû), conçu comme tel par la confiance accordée à Jésus-Christ, et la liberté de conduire sa vie en tenant compte (ou peu ou pas) de ce don. Vers quoi s’oriente toute vie ? Quel sens lui donne-t-on ?

En vertu de l’annonce de l’Évangile déclarant que “viendra Celui qui baptise dans le feu et dans l’esprit”, le premier de tous les baptêmes de la chrétienté s’est opéré à la Pentecôte. Ce jour-là, le don de l’Esprit est descendu, “sous forme de langues de feu”, sur chacun des apôtres. Chacun reçut un talent, son propre talent, propre à sa fonction naissante.

À partir de ce moment-là, les apôtres prirent conscience d’une nouvelle naissance. Ils mirent leur talent qui venait de leur être donné au service de la communauté des hommes, dans la perspective de leur annoncer la Résurrection de Jésus et de les inviter à participer à la construction du Royaume de Dieu. 

Dieu ne fait donc pas tout tout seul. Mais avec les hommes qu’il invite à partager son œuvre, une œuvre d’amour, de justice et de paix.

Toute vie est jalonnée de joies et de drames, de plaisirs et de soucis, d’attentes et de séparations, de futilités et de projets. La vie est alors goûtée. Avec le baptême, Dieu divinise, l’Esprit spiritualise ce que l’homme humanise. La vie qui nous est donnée nous donne en même temps d’être une histoire, qui s’inscrit dans l’Histoire où nous sommes bâtisseurs. D’amour, de justice, de paix.

L’équipe des bâtisseurs s’appelle l’Église.

Gérard LEROY