Le diagnostic pré-implantatoire et le bébé médicament

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Comment maîtriser le Diagnostique Pré-implantatoire (DPI) ? Comment se préserver de toute dérive eugénique ?

Le DPI est autorisé en France par les lois de bioéthique  de 1994. Le test concerne les familles touchées par une maladie génétique grave et incurable. Il vise à permettre, après un tri embryonnaire, la naissance d’un enfant indemne de cette maladie.

 Les discussions parlementaires prochaines pourraient porter sur ce qu’on appelle “le bébé médicament”. L’objectif est de faire naître un enfant dépourvu des gènes héréditaires gravement pathologiques, dont souffre déjà l'aîné, et d’user de sa “compatibilité”, autrement dit l’enfant à naître doit être doté de caractéristiques permettant de soigner son frère aîné (ou sa sœur aînée) atteint d’une maladie génétique grave.

 Le DPI repose sur l’utilisation de l’AMP, en l’occurrence la Fécondation in vitro (FIV), pour obtenir des embryons dont les cellules ensuite prélevées permettront un diagnostic biologique. Seuls les embryons dépourvus de l’anomalie recherchée sont alors transférés dans l’utérus; les autres sont détruits.

 Pour le bébé-médicament la technique est la même que pour le DPI. Deux conditions sont à respecter : les embryons à réimplanter doivent être exempts de la maladie redoutée, mais aussi immunologiquement compatibles avec le frère ou la sœur touchés, eux, par cette maladie redoutée. Après la naissance on prélève des cellules-souches sur le cordon ombilical du nouveau-né pour les injecter à l’aîné malade en vue de la guérison de celui-ci.

 

Ce que dit la loi

La pratique du DPI ne peut être mise en œuvre que dans trois centres agréés par l’Agence de biomédecine, les CPDPN de Paris, Strasbourg et Montpellier. Le Code de santé publique autorise le DPI “à titre exceptionnel lorsqu’il y a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique grave et incurable”. La pratique de ce “bébé du double espoir” ne peut être accessible qu’aux couples ayant un enfant atteint d’une maladie entraînant la mort dès les premières années.

 

Le débat

Le débat portera sur l’opportunité d’utiliser le DPI de façon plus large. Mais on craint que cette technique ne soit étendue à des indications de plus en plus larges, frisant l’eugénisme.

 Il est souhaitable de mieux guider les centres agréés dans leur prise de décision face aux demandes concernant des formes héréditaires de cancers. Depuis peu l’Agence de biomédecine s’en préoccupe.

 On devra garder à l’esprit qu’on est ici aux limites de la sélection génétique.

 

Trois questions

Peut-on décider que la vie ne vaut d’être vécue que si l’on est en bonne santé ? Quelle place accorder aux personnes handicapées dans une société refusant la naissance d’enfants handicapés ? Jusqu’où le refus de la maladie peut-il autoriser à sélectionner des êtres humains ?
 

La position des religions

L’islam autorise le DPI, et le judaïsme va même jusqu’à le recommander. Le protestantisme va dans le même sens. En revanche l’Église catholique refuse la perspective du DPI, disant qu’ “il s’agit d’un tri injustifiable, certains embryons étant destinés à se développer selon un plan prédéfini, tandis que d’autres sont réduits à l’état de matériau de laboratoires.” Dans son encyclique Evangelum vitæ, Jean-Paul II écrit : “Le diagnostic préimplantatoire est l’expression de cette mentalité eugénique qui accepte l’avortement sélectif pour empêcher la naissance d’enfants affectés de différents types d’anomalies. Une pareille mentalité est ignominieuse et toujours répréhensible, parce qu’elle prétend mesurer la valeur d’une vie humaine selon des paramètres de normalité et de bien-être physique, ouvrant ainsi la voie à la légitimation de l’infanticide et de l’euthanasie.”

Chez les scientifiques et les politiques le débat ne porte déjà plus sur l’acceptabilité du DPI, mais sur son extension.

 Si on estime en France que la loi actuelle permet d’éviter les dérives, il y a plus de dix ans que Espagnols, Belges, Britanniques, dépistent grâce au DPI les embryons porteurs de risques. Ces derniers banalisent le DPI. On compte 50 à 60 bébés naissant chaque année après une telle sélection. Les autorisations se sont élargies à des gènes dont le taux de prévalance (probabilité qu’un gène provoque une maladie) était élevé, mais pas systématique.

L’amélioration est dans la durée. Le médecin qui a organisé le DPI dans une famille à risques, constate que les générations futures ayant bénéficié du DPI seront libérées de la forme particulière de la maladie redoutée.

 

 

Gérard LEROY, le 2 février 2010