Le phénomène de la pluralité est-il de fait ? Ou bien de droit ?

Version imprimableSend by email

Pour Fabien et Jean-Luc, en hommage amical

 

  Deux textes privilégiés répondent à notre question : le chapitre 11 de la Genèse relatant la construction de la Tour de Babel, et le mystère de Pentecôte dans le second chapitre des Actes.

 

Babel, qu’est-ce que c’est ? Un projet humain d’unité, au moyen de l'édification d’une tour gigantesque; une construction interrompue par des malentendus, l'incompréhension des ordres, des disputes; un rêve qui s’effondre, celui d'accéder au ciel et de dominer la terre. “Car Dieu confondit leur langage et il les dispersa sur toute la face de la terre”.

 

Qu’est-ce que ça signifie ? Une punition ? Certes pas ! Un coup de colère de Dieu et c’est à un cataclysme qu’il faut s’attendre. En revanche, le texte révèle la visée créatrice de Dieu, “Dieu répartit l’humanité sur toute la terre.”

 

La clé de lecture de cette histoire est au chapitre suivant, en Gn 12.

 

Après la succession des malédictions, sur Adam, Ève, Caïn, Noé, Dieu intervient à nouveau. Dans quel but ? Pour bénir Abraham. Et qui donc est Abraham ? Abraham est celui qui rassemble les peuples répartis sur toute la terre, issus des trois fils de Noé : Sem,  ancêtre des Sémites, Cham, père des Égyptiens, des Éthiopiens, et des peuples d'Arabie du Nord, et Japhet, ancêtre des Philistins, des Phéniciens, des peuples d'Asie Mineure, des Mèdes et des Grecs. 

 

Dieu s’adressant à Abraham le bénit et lui dit : “Par toi se béniront toutes les nations de la terre.” (Gn 12, 3). Cette quintuple bénédiction du chapitre XII, répond à la quintuple malédiction prononcée dans les dix chapitres précédents. Cette bénédiction des nations de la terre, par Abraham qui unit la diversité de tous les clans, est donc à caractère universel. N’atteste t-elle pas le plan divin de la création?

 

À l’inverse des gens de Babel qui cherchaient à réaliser l’unité sans Dieu, les gens venus à Jérusalem le jour de la fête de Pentecôte expérimentent l’initiative divine qui rassemble. Cette fête qui marquait à l’origine la moisson des blés, commémore le don de la Torah au Sinaï. Elle attire des foules venues de partout : d’Egypte, de Libye, de Mésopotamie, de Cappadoce etc. Les apôtres, dans leur langue propre, s’adressent à eux. Et  chacun entend les apôtres dans sa propre langue.  L’unité s’opère. La diversité est intacte.

 

Toute cette diversité de cultures rassemblées à Jérusalem pour la Pentecôte ne fait-elle pas écho aux nations dispersées que Dieu a bénies en la personne d’Abraham ?

 

La diversité des langages est à l’origine de la dispersion des bâtisseurs de Babel. C’est la Parole des apôtres qui réalise l’unité de la diversité.

 

La volonté du Créateur n’est-elle pas de créer du multiple ?

 

Gérard LEROY