Le voile a une histoire... qui commence avec la prostitution sacrée en Assyrie

Version imprimableSend by email

Pour Sandrine, avec toute ma sympathie

Le voile a une histoire... qu’il convient de connaître d’abord, avant d’avancer des raisons —parfois fallacieuses— de l’autorisation de son port ou de son interdiction.

La première preuve textuelle du port du voile vient de la Mésopotamie, où le culte de la déesse Ishtar était associé avec la prostitution sacrée. Ishtar, nom akkadien de la déesse, est représentée voilée. Dans un hymne, l’Exaltation d’Inanna (nom sumérien donné à Ishtar), écrit vers 2300 avant J.C. par le grand prêtre du dieu de la Lune à Ur, cette déesse est appelée hiérodule —prostituée sacrée— d’An, An étant le plus ancien dieu des Sumériens.

Le premier document légal qui mentionne les prostituées sacrées, ou hiérodules, est le Code d’Hammourabi, qui date de 1730 av. J.-C. Le code mentionne les fonctionnaires du culte. Certains fonctionnaires se livraient à la prostitution sacrée, pratique liée aux temples, particulièrement ceux d’ Ishtar, dont le centre se trouvait à Uruk, ville de l'ancienne Mésopotamie (aujourd'hui Warka, en Irak), au sud de Babylone et au nord de Ur.

À Sumer, la hiérodule à la tête des servantes du culte, est appelée l’épouse ou la sœur du dieu. L’ entu, c'est ainsi qu'on appelle cette cheftaine des hiérodules en sumérien, avait sous ses ordres les lukur (en sumérien) ou naditu (en akkadien), et exerçait la prostitution sacrée dans les temples d’ Ishtar.

Elle avait sa maison attitrée et elle était protégée contre les atteintes aux mœurs de la même manière que les femmes mariées, en se couvrant d'un voile. En même temps, elle était sévèrement punie si elle se rendait dans une taverne, autrement dit une maison close.

L’activité sexuelle dans le culte représente un aspect assez important, lié à la fertilité. Par la prostitution sacrée, la puissance de la fertilité de la déesse est transférée au roi. Celui-ci était regardé en Mésopotamie comme garant de la fertilité du pays et de son peuple, et en général de la prospérité et du bien-être du royaume.

Chaque année au nouvel an, le souverain était tenu « d’épouser » l’une des prêtresses d’ Inanna, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femmes. Le rite sacré du mariage du roi et de la hiérodule consistait essentiellement en une cérémonie et en un rapport sexuel public entre le roi et la prêtresse à la tête des hiérodules du temple. L’objectif de la relation sexuelle n’était donc pas la procréation, mais l’assurance de récoltes abondantes et l’approbation du pouvoir du roi par la déesse.

Au XIe siècle av J.-C., c’est le conquérant Téglath-Phalasar 1er, roi assyrien, qui demande que la prostituée du temple soit voilée, à l’imitation de la déesse Ishtar. Cette pratique a été étendue dans le Proche Orient.

En Assyrie, la qadistu devait porter, comme les femmes mariées, un voile en public. En portant le voile, les femmes mariées et les hiérodules se mettaient sous la protection d’ Ishtar, elle-même représentée voilée.

N’oublions pas le geste de Rébécca, décrit dans le livre de la Genèse au chapitre 24, qui s'est voilée par pudeur quand elle rencontra Isaac (Gn 24, 63-65).

Dans la Grèce antique, Corinthe disposait d’un sanctuaire installé sur les hauteurs, dédié à Aphrodite. Aphrodite, déesse grecque de l'amour et de la beauté, semble dérivée de la déesse Astarté vénérée à Ougarit, qui correspond à Ishtar chez les Akkadiens, à Inanna chez les Sumériens, et qui prendra le nom de Vénus dans la mythologie romaine.

Au sommet de l’Acrocorinthe on venait adorer la déesse, représentée sous la forme d’une statue vêtue d’une armure. La déesse avait à son service les hiérodules, les prostituées sacrées. Le sanctuaire était si riche qu’il en possédait plus de mille, offertes à la déesse par des hommes ou des femmes. Grâce à elle, la ville était très peuplée et s’enrichissait considérablement car les patrons des bateaux s’y ruinaient facilement, d’où le célèbre proverbe de l'époque : il n’est pas permis à n’importe qui d’aborder à Corinthe.

Chez saint Paul, une femme qui n'est pas voilée ne recevait pas plus de considération qu'une femme tondue après la guerre. Tertullien, théologien chrétien du IIe siècle, prônait le voilement des vierges.

Le Coran, disait Ghaleb Bencheikh lors d’une conférence, est le continuateur de la Tora et de l'Évangile. Quand les femmes musulmanes sortaient le soir, elles risquaient d'être importunées. Si une femme musulmane pense que sa relation à Dieu passe par le port du foulard, il faut le respecter ; mais si elle ne veut pas, il faut aussi l'accepter. Est-ce une recommandation, une obligation ? Le port du voile tient plus de la tradition que d'un acte de foi. Le voile n'est pas une nécessité absolue.” Et d’ajouter : “Sur le parvis de la Mecque, les femmes sont sein à l’air et cheveux au vent pour celles qui sont de basse extraction. Elles se pavanent. Les autres ont des tenues héritées du temps des Assyriens”.

 

Gérard LEROY, le 22 août 2009