Les grandes hérésies condamnées par les premiers grands conciles

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Pour Christine Ayache, en hommage amical

  L’arianisme, ainsi que nous l'avons présenté dans un récent article, affirmait que dans la Trinité divine, seul Dieu le Père est un, et que le Fils Jésus-Christ avait été créé par Dieu avant qu’à son tour celui-ci créé le Saint-Esprit. Dans cette trilogie seul le Père est Dieu, les deux autres personnes sont de second ordre,

D’autres mouvements se développèrent, montrant bien l'importance du travail accompli avant de parvenir à la conclusion affirmant que chacune des trois personnes de la Trinité possède la nature divine.

L’un de ces principaux mouvements est celui qu'on a appelé le monophysisme, selon lequel Jésus n’a qu’une nature : la divine. La nature humaine s’est diluée dans la nature divine. Elle s’est “diluée, disaient les monophysites, comme une goutte de miel se dilue dans la mer”. Le leader de ce mouvement est un certain Eutychès, supérieur d’un monastère de Constantinople au Ve s.

L’église Copte est née du monophysisme qui avait éclos à Alexandrie en 451, s'opposant aux conclusions du concile de Constantinople. Le peuple égyptien était monophysite, solidaire de son patriarche. Les Coptes comptent aujourd'hui 6 millions d’adeptes en Egypte. Les églises de Syrie et d'Arménie ont également été sécessionnistes avant que cette Eglise se rallie à Rome au 18ème siècle.

On appelle nestorianisme ce mouvement né d’un moine d’Antioche, Nestorius, que l’empereur Théodose appela en 428 au siège patriarcal de Constantinople. Son enseignement fit un tel scandale que Cyrille, d’Alexandrie lui aussi, puis le pape Célestin, en vinrent à le condamner. Le Concile d’Éphèse de 431 déclara hérétique sa position doctrinale et Nestorius dut s’exiler, à Pétra d’abord, puis en Libye, où il finit ses jours. 

Quelle était donc sa doctrine ? Elle concernait le rapport de la nature divine et de la nature humaine en Jésus-Christ. Au lieu d’attribuer à l’unique personne du Verbe fait chair les deux natures, Nestorius affirmait que le Christ était constitué de deux personnes, l’une divine, le logos, et une personne humaine, Jésus, sans qu’il y ait d’union entre les deux, mais seulement liaison entre la personne humaine et la divinité. En conséquence il refusait de donner à Marie le titre de Theotokos (mère de Dieu). Le concile d’Éphèse condamna le nestorianisme en même temps qu’il confirma solennellement le titre de Theotokos pour Marie.
 
L’Église nestorienne subsista en Mésopotamie, rompant avec les églises du monde romain au Ve siècle. Elle resta fidèle aux enseignements du maître de Nestorius, Théodore de Mopsueste, considéré par cette église comme l’interprète par excellence des Écritures. L’église nestorienne étendit par la suite son influence en Asie, en Inde du sud, et jusqu’en Chine. La majeure partie de ses fidèles ayant rejoint la communion catholique au cours des quatre derniers siècles, l’église nestorienne est aujourd’hui éteinte.

Le subordinatianisme est équivoque. Au sens fort, le subordinatianisme est la négation de la Trinité divine. C’est une conception selon laquelle le Fils et le Saint-esprit sont en quelque manière inférieurs au Père, selon une subordination ontologique. On voyait le Verbe tel un intermédiaire cosmique, une hypostase, entre Dieu et le monde.

Au sens faible le subordinatianisme reconnaît la divinité des trois personnes en attribuant au Verbe la médiation. C’est ce point que soulignèrent Origène et Justin.

Le docétisme vient du mot grec docete, apparence. Cette doctrine gnostique du début de l’ère chrétienne défend la thèse selon laquelle tout est apparence : le corps de Jésus, sa passion et sa mort. Cette hérésie nie donc la réalité de l’Incarnation.

À ces grandes hérésies ne manquons pas d’ajouter quelques hérésies apparemment secondaires mais non négligeables en ce que leurs théologies entraînèrent de fortes réactions de la part des Pères de l’Église.

D’abord le pélagianisme, dont le mouvement partit d’un moine philosophe anglais du IVe s. qui, après avoir séjourné à Rome se réfugia en Afrique à la chute de Rome en 410 sous les coups des Barbares. De là Pélage partit pour la Palestine.

Ses idées répandues dans un certain nombre de lettres aujourd’hui conservées trouvèrent en saint Augustin un authentique adversaire.

La doctrine de Pélage minimise le rôle de la grâce au profit de l’effort volontaire que Pélage exalte au service de la vertu, cette vertu que Pélage estime au pouvoir de l’homme, doté du libre-arbitre et de sa loi morale. L’effort individuel seul peut conduire au Salut. La grâce jouerait tout au plus un rôle d’adjuvant. La liberté, selon Pélage, n’ayant en rien souffert du péché d’Adam, on comprend que sa doctrine fut combattue par Augustin.

La Gnose est une doctrine ésotérique ancienne proposant à ses initiés une voie vers le salut par la connaissance de vérités secrètes sur Dieu, sur le monde et sur l’homme, transmises de façon élective. Dans ses théories la gnose fait de l’homme un être quasi divin, qui par suite d’événements tragiques est tombé sur terre d’où il va pouvoir retourner à son état antérieur.
D’après saint Irénée le père de la gnose serait Simon le Magicien, lequel voulut acheter à l'apôtre Pierre son pouvoir de faire des miracles (Actes 8, 9-21). Dès les temps apostoliques l’Église s’opposa à la gnose qui niait, comme le docétisme, la réalité historique du Christ, mais aussi, dans son refus de l’Ancien Testament, la création comme œuvre de Dieu. La gnose s’écartait naturellement de l’attente chrétienne de l’accomplissement eschatologique.

Bien qu’elle n’ait pas survécu à l’Église primitive, la gnose resta un danger permanent dans l’histoire de l’Église. 

Le donatisme enfin vient de ce que des prêtres ou des évêques furent contraints lors des persécutions, de livrer des objets sacrés à leurs tortionnaires. Les donatistes, rigoureux et radicaux dans leur attitude, ont voulu refuser la validité de tout sacrement administré par un ministre indigne. Tout vient de ce Donat, évêque au IVe siècle de Numidie, dans le nord de l’Afrique, qui avait refusé l’administration d’un sacrement par un évêque de Carthage accusé d’avoir livré des livres sacrés aux païens sous la pression des persécutions.

Gérard LEROY, le 3 mars 2012