Marx et la religion

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Pour Marx la croyance s'inscrit dans le paquetage des idées ou des valeurs produites par une société, une classe, et que Marx appelle l’idéologie. L’idéologie est un ensemble de croyances, de préjugés du moment. Par exemple nous cultivons l’idée que l’homme conduit mieux que la femme, que les choses chères sont meilleures, qu’on ne peut pas décider soi-même de sa mort etc. Tout cela appartient aux préjugés sociaux et oriente les pratiques sociales.

 Marx considère les hommes concrets, évoluant historiquement selon des déterminations matérielles économiques et idéologiques. Il est indifférent aux concepts éternels de l'homme et examine la religion du seul point de vue sociologique.

Pour Marx la religion est l’expression pathologique d’une misère économique, éprouvée par des gens qui espèrent et qui croient en un au-delà qui viendra compenser toutes les privations subies au cours de cette existence traversée comme “une vallée de larmes”. Mais Marx ne prend parti ni pour l’existence de Dieu ni pour la non-existence de Dieu. Alors que le croyant, selon Marx, croit nécessaire, pour obtenir que l’homme s’y retrouve et s’explique, de passer par le détour de Dieu, et bien l’athéisme est négation de cette nécessité. “L’athéisme est l’humanisme médiatisé par la suppression de la religion.” (1) Dieu médiateur entre l’homme en quête de sens et son explication ? Pour Marx, c’est l’athéisme qui est médiateur.

 L’athéisme est une présupposition du projet de Marx, un moyen nécessaire à l’avènement de l’humanisme. Mais le marxisme est moins un athéisme qu’un dépassement de celui-ci, qu’il présuppose. Dit autrement : l’extermination de Dieu n’occupe pas les veillées marxistes. Mais la veillée ne commence que si Dieu est mort !

 

La question que soulève Marx

Marx conçoit la religion comme l’expression pathologique d’un mal économique, où le croyant désespéré cherche une consolation de sa misère dans l'au-delà, qui viendra compenser les malheurs subis dans cette “vallée de larmes” qu’il lui faut traverser.

Il prend une position contre une dépendance, souvent aliénatrice, certes, par rapport à une extériorité oppressive. Ne peut-on envisager une dépendance par rapport à une altérité libératrice ? Dieu est il Père Noël ou Père fouettard ? Ou un Dieu sauveur ? Là est la question.

 

G.L.

 

  • (1) K. Marx, Manuscrits de 1844, éd. sociales 1972, p. 143.