Mithra, rival du Christ ?

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Pour mon ami Jean-Marc Bellanger

   Mithra est un dieu indo-iranien dont le nom signifie “contrat”. Sur quelques monuments turcs du 1er siècle av. J.C. Mithra apparaît comme le dieu de “la poignée de main”, celui donc qui engage les contractants. Il sera identifié à Hermès, le médiateur, puis à Apollon-Hélios, le Soleil invaincu.

C’est en effet par serment devant ce dieu et au nom de celui-ci que sont conclus les engagements des parties. Ainsi a été scellé un traité entre des rois Hittites (peuple originaire d’Anatolie, au cœur de la Turquie actuelle, au IIè millénaire avant J.C.) et leurs voisins de Mitanni (au nord-est de la Syrie actuelle). Mithra est donc pris à témoin de la parole donnée.

Il est le dieu des soldats et de l’amitié virile, et ne concerne donc pas les femmes, mais aussi dieu de l’aurore, protecteur des troupeaux, celui qui a créé Ahura Mazda, divinité du culte mazdéen de Zarathustra.

On a bien quelques informations concernant le dieu indo-iranien Mithra et le même en régime gréco-romain, mais nous sommes dans l’ignorance de tout ce qui a trait à ce mythe pour tout un pan de l’histoire entre ces deux régimes. Pour le dire autrement : les conditions de l’hellénisation de Mithra nous échappent.

De quel mythe, de quel récit, sort Mithra ?

À l’origine règne Saturne, dont le foudre, ces dards enflammés que Zeus s’attribue, est transmis à Jupiter, lui permettant ainsi de “foudroyer” ces monstres, mi-hommes, mi-serpents, qu’à cause de cette hybridité on nomme anguipèdes, êtres si effrayants qu’ils ne peuvent être que maléfiques, et qu’on rend responsables de tous les maux dont souffre le monde et ses créatures, notamment celui de la sécheresse. C’est là que Mithra intervient.

Il sort, comme exsudé d’un rocher, et fait jaillir, en tirant à l’arc, une source assez abondante pour désaltérer et la terre et les créatures. Le mythe ne s’arrête pas là, ce serait trop simple. Mithra est menacé par un taureau, doté par la lune d’une substance vitale, et vicié par des puissances habitant les ténèbres. Il faut donc à Mithra vaincre la bête et s’en emparer pour le sacrifier. Sur l’autel rituel le taureau immolé est vidé de son sang par un chien, un reptile et un lion, qui sucent les plaies de la bête égorgée. Ces forces du mal n’empêcheront pas que jaillissent de la queue du taureau, de ses plaies sanguinolentes, des épis. 

Le sang du taureau vaincu fertilise ainsi le monde. Le salut de la création est assuré. “Tu nous as sauvé par le sang éternel répandu” lit-on à propos de cette scène très représentée dans la Rome antique, rapportée par les légions romaines jusque dans les contrées les plus éloignées de tout l'Empire. On attribue alors au sang du taureau immolé de conférer l’immortalité aux participants des repas religieux. Plus tard, l’on avança même, mais l’hypothèse est bien hardie, que le rituel de la messe chrétienne aurait influencé le culte de Mithra.

Le dieu Mithra n’émerge dans les royaumes d’Asie mineure du monde romain qu'en 67 avant J.C.  C’est Plutarque, le penseur romain d’origine grecque du 1er siècle de notre ère, qui rapporta que des pirates résistant à l’occupation romaine, procédèrent à des sacrifices particuliers en célébrant des mystères comme celui de Mithra. Robert Turcan, latiniste et historien de l'Antiquité romaine, retient ce paradoxe : le culte de Mithra a séduit même les légions romaines ! Deux siècles plus tard, la religion des pirates gagnera des adeptes parmi les officiers, les hauts fonctionnaires, les esclaves et les affranchis, les artisans et les commerçants, en Rhénanie et sur les bords du Danube. L’empereur Commode se fera initier à ces mystères, Dioclétien, le dernier persécuteur des chrétiens, Galère et Licinius invoqueront Mithra comme protecteur de leur règne. Mais le mithriacisme restera en marge des cultes officiels, jusqu’à s’effacer au moment de l’avènement de Constantin.

Il reste que le mythe de Mithra n'a guère de similitude avec le christianisme, comme l'avait évoqué Renan. L'interprétation qu'on a pu faire du sang versé par le taureau n'a rien à voir avec le partage de la Cène où Jésus annonce un sang volontairement versé par amour pour le Salut de l'humanité de tous les siècles.

Gérard LEROY, le 10 novembre 2011