Philosophie et théologie : compagnes de toujours

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Pour Yves et Marie-Lou, en hommage amical

   De nos jours, et ce depuis le siècle des Lumières, la philosophie n’est plus le challenger de la théologie. L’évolution du rapport de la philosophie à la théologie a traversé de nombreuses périodes.

Au cours des premiers siècles du christianisme naissant, la philosophie grecque imprègne les mentalités, au point qu’on en arrive peu à peu à une hellénisation du christianisme et, à un degré moindre, à une christianisation de l’hellénisme. 

Au XIIe siècle, Thomas d’Aquin inaugure, lui, le paradigme de la circularité, autrement dit de la réciprocité causale entre la Doctrina sacra et la philosophie. Thomas est un précurseur, qui affirme que la théologie n’est ni la première ni la seule instance d’intelligibilité du monde.

Une diffraction s’est opérée avec Descartes qui, s’appuyant sur la physique de la lumière a brisé les rapports harmonieux entre les lumières du savoir que sont la théologie et la philosophie. Si Luther avait bien opéré la diffraction au bénéfice de la foi chrétienne, Descartes l’opère au bénéfice de la philosophie.

Fin XVIIIe siècle, le paradigme de l’accomplissement s’opère avec Lessing dont la requête est

l’intelligibilité de la religion. Cela tient à la revendication philosophique de porter un regard critique sur le tout. Le risque étant d’évidence la totalisation philosophique, et la confiscation par la philosophie du champ herméneutique tout entier.

La philosophie se comprend dès lors comme libérée par la grâce secrète de Dieu, et libérée aussi de sa tutelle. Comme élucidation réfléchie de l’être et de l’existence elle offre à l’homme d’aborder les réalités concrètes et l’histoire. Mais elle ne peut pas ne pas s’arrêter, à un moment de son parcours, sur la question de la transcendance et, par effet, de la question de Dieu.

Quoi qu’il en soit, la philosophie ne fonde pas la Révélation.

Au XXe siècle des penseurs chrétiens ont émis des approches diverses sur le rapport entre christianisme et philosophie. Pour Emile Brehier, la philosophie ne peut être vraie que sans le christianisme, alors que pour Jacques Maritain elle coïncide avec le christianisme. Pour Maurice Blondel la philosophie va au christianisme, alors que pour Etienne Gilson elle en vient !

En 1968, dans une homélie prononcée à la Chapelle des Carmes, à Paris, le théologien dominicain Marie-Dominique Chenu disait que “la philosophie est servante de la théologie, et vice versa”; il poursuivait malicieusement : “il arrive même que la servante devienne maîtresse !

 

Gérard LEROY, le 27 juin 2016