Philosophie

À quoi aspire le transhumanisme ?

Pour Sophie Guerlin, en hommage amical

   Si on l’envisage à hauteur humaine, le transhumanisme aspire au rétablissement de la condition humaine, voulant arracher l'être humain à « la loterie de la nature », lui permettre de dépasser ses limites corporelles, surmonter la mortalité. Bref le transhumanisme s'attelle à corriger les ratés de la création. À commencer par celui qui nous destine à la mort. Insupportable.  N’avons-nous pas entendu, aussitôt après les premières expériences de clonage : « nous devenons immortels ! ». Sans penser que cette condition serait sans doute encore plus insupportable que la condition mortelle où nous sommes.  

Tel est le cœur du transhumanisme : notre condition d'humbles mortels pourrait, grâce à notre technique, ne pas être la condition humaine définitive. 

Le transhumanisme aspire à une vie plus glorieuse et accomplie, non seulement par sa réalisation sociale ou psychologique, mais aussi corporelle. Mais ce salut —appelons les choses par leur nom— ne viendra pas d'une intervention extérieure à l'humain, d'un Dieu, mais de l’œuvre même de l’homme. Si le progrès technologique est l’horizon humain, son salut est à la portée de ce progrès technologique qui se dessine comme capable de l’atteindre. 

On remarque cependant le peu d'intérêt des transhumanistes pour le statut métaphysique de la technologie et son développement. L’enracinement social, économique et politique est encore absent de la littérature transhumaniste. On ne l’évoque pas dans les tables rondes. La technologie y est présentée hors-sol, comme un deus ex machina, au sens propre du terme.

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