Pour une théologie du pluralisme religieux

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Pour Jean Mompha, avec ma profonde et amicale estime

Non seulement notre expérience historique du pluralisme religieux, mais les textes fondateurs eux-mêmes, nous conduisent à reconnaître un pluralisme de principe, voulu par Dieu.

Or, l’option théologique qui s’engage dans cette hypothèse herméneutique suscite des résistances. Les chrétiens craignent en effet la relativisation du message chrétien. Ils ont l’impression que leur religion, qui ne vaut pas moins qu’une autre, certes, mais pas plus, sera comme les autres dissoute dans la grande braderie de la sécularisation. On comprend que les chrétiens se sentent menacés. D'autant que, de génération en génération, leur a été transmise la conviction d’être seuls détenteurs de la vérité et seuls dépositaires du salut. Depuis le IIIe siècle, et la déclaration de l’évêque Cyprien :”Hors de l’Église, pas de salut !”

L'histoire du salut commence avec Abraham et trouve son achèvement en Jésus-Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes. Comment, dans ces conditions, peut-on espérer le salut pour l’humanité qui n’a pas reconnu Jésus-Christ comme l’unique médiateur ? Peuvent-ils envisager de pouvoir faire leur salut, non pas malgré leur appartenance à telle ou telle tradition religieuse, mais dans et à travers elle ? C'est ici qu'il faut rappeler que "Dieu veut le salut pour tous les hommes" (1Tm 2, 4). Le pluralisme religieux peut être l'expression de la volonté même de Dieu qui s'appuie sur la diversité des cultures et des religions pour mieux manifester les richesses qui participent à la plénitude de vérité qui coïncide avec son mystère. On renvoie ici à l'enseignement des Pères de l'Église sur la présence des semences du Verbe tout au long de l'histoire.

La reconnaissance de la pluralité religieuse ne remet pas en cause l’unicité de la médiation du Christ. Le Christ n'est pas, dans le plan de salut de Dieu, un médiateur parmi d'autres, mais l'irruption de Dieu dans l'histoire. Il s’agit donc de reconnaître la nature christique et exclusivement christique de la grâce, et non lui assigner un propriétaire temporel. Voudrait-on s’arroger le droit de répartition de la grâce et le monopole de la distribution ? Le christianisme ne distribue pas la grâce à son gré. Le christianisme n’est pas aiguilleur du ciel ! Tout simplement parce que le christianisme n’est pas le Christ.

L’inconditionnalité de Dieu annule la prétention à l’universel d’un christianisme qui doit toujours se penser comme relatif au Christ. L’absolutisation du christianisme prenant prétexte de l’absoluité du Christ est une usurpation.

Gérard LEROY, le 17 avril 2010