Que peut-il venir de bon de Galilée ? (Jn 1, 46)

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Pour Emma Dumont, ma filleule que j'embrasse

   Que Jésus ait été juif, il en est peu pour le contester. La Galilée, sa Galilée, est envahie par les Romains depuis l’an 63 avant notre ère. De quel judaïsme relevait ce Jésus ? C’est la question qui surgit quand on sait qu’il existait plusieurs sectes juives en son temps. Quelles relations Jésus a-t-il entretenu avec le modèle qui dominait en Judée, en particulier au Temple, donc à Jérusalem. Juif, on l’est au nord, on l’est au sud, mais pas de la même manière.

Jésus, lui, est du nord. Ce Nazaréen a passé toute sa vie en territoire occupé. Depuis que Pompée est entré à Jérusalem trois quarts de siècle plus tôt.

On chercherait en vain la synagogue où Jésus a étudié. Mais il est probable, à cause même de son appartenance au corps des charpentiers, qu’il était instruit, plus instruit que la plupart de ses compatriotes. Les lettrés, on les trouve d’ordinaire chez les Sadducéens et les Pharisiens, surtout de Judée. Ces gens du sud, assez fiers, entendent imposer leurs visions politiques autant que religieuses —les deux allant alors de pair— aux Galiléens. En bon Galiléen, Jésus manifeste à plusieurs reprises sa résistance aux Judéens.

Son cousin, Jean le Baptiste, va participer au changement radical de la vie du charpentier. Avec Jean s’opère en Judée la transmission de pouvoir baptiser, d’une autre manière, avec d’autres mots, pour une fin à portée divine. 

 

Jésus retourne en Galilée après l’arrestation de Jean qui finira décapité dans la forteresse d’Hérode Antipas, à Macheronte. Les évangélistes nous relatent les dernières années de la vie terrestre de Jésus entre Capharnaüm, Bethsaïde, entre Magdala et Guennésareth, avec un saut ou deux à Tyr ou à Sidon. Mais pas en Judée. Pourquoi ? Pense-t-on qu’il serait allé courir au devant de ceux qui déjà voulaient l’éliminer ? 

Il continue à s’opposer à l’idéal centralisateur du sud. Il s’entoure de douze hommes, Ce ne sont pas des confits en dévotion. Ils ne font pas parie de l’élite du pays.

Jésus n’est et ne sera ni chef, ni roi. D’ailleurs Israël ne veut entendre parler que de Yahvé.

Dans la Galilée dévastée par l’occupant romain, Jésus réconforte ses gens, il aide, soulage, guérit, mais il les réhabilite, rétablit leur dignité, défend leurs coutumes et ramène l’espoir. Comment voudrait-on qu’il ne rassemble pas ? 

Pourtant Jésus ne fait pas l’unanimité. Il dénonce l’alibi des pharisiens, qui prennent prétexte de la religion pour asseoir leur pouvoir. Il dénonce le système qu’impose le sud, et qui opprime la Galilée. Alors vient le temps de se rendre à Jérusalem. Il y annonce la fin du Temple, centre névralgique de la Judée, que se défendent de fréquenter les Esséniens marginaux. 

Il devient alors la cible d’accusateurs de plus en plus nombreux, qui préparent son arrestation. C’est donc dans la clandestinité que Jésus partage un repas avec ses amis. Il rompt le pain, et dans la plus pure tradition de la pâque juive, il fait passer la coupe de vin à tous ces convives. 

On le trahit. Il est livré. On lui crache à la figure. on le flagelle. On le crucifie. Fin de l’aventure ?

Les autorités de Jérusalem autorisent Joseph d’Arimathie, un membre du Sanhédrin, d’ensevelir le corps de Jésus. 

Certains de ses amis ont déjà fui en Galilée...

Le dimanche arrive. C’est le jour de la fête de Pâques pour les Juifs. Le soleil se lève en ce matin d’avril derrière la Montagne de Moab. Jérusalem dort encore. Les amis de Jésus, encore sous le choc des événements de la semaine, se sont enfermés toute la nuit à double tour. Soudain, alors que certains d’entre eux somnolent encore, des disciples aperçoivent Marie Madeleine qui court vers eux, et qui leur crie de loin : “Où l’avez-vous mis ? Où avez-vous mis mon Seigneur ?” “La pierre du tombeau a été enlevée”. Les disciples haussent les épaules : “Paroles de bonnes femmes !” se disent-ils...

 

Gérard LEROY, 18 avril 2014, vendredi saint