Le siècle de la science et de la raison

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Pour Marie, ma fille

   C’est un grand édifice rationaliste que construit le XIXe s. Alors que la raison métaphysique semblait condamnée, par la critique de Kant, le rideau s’ouvre sur l’âge de la richesse de la raison.

Avec Hegel la raison devient compréhensive, et de plus nous sommes en capacité d’intégrer l’irrationnel. L’histoire fait question ; son sens et sa finalité interrogent les philosophes du XIXe siècle. Il ne s’agit plus d’accueillir un simple récit du passé, mais d’observer le déroulement de l’évolution de l’humanité sous des angles divers, tout cela en vue de faire émerger un sens de l’histoire. Ainsi la Révolution vient elle au cœur de la réflexion. Hegel passe en revue tous les journaux chaque matin. L’unité des diverses approches prend place sous le signe d’une idée de la raison, une grandiose explication du monde, la volonté de saisir l’univers sous la forme d’un tout et d’inscrire la dynamique d’un système.

Dans le même temps se développe l’individualisme dont Lévinas rendra Kant responsable. Kant a parlé “d’absolu de la liberté”. Lévinas montrera que la liberté est conditionnée,

par le corps, par la temporalité, l’historicité, mais surtout elle en vient à faire régner la culture individualiste. Une philosophie du moi est développée, non seulement par Fichte, mais encore par le mouvement romantique et quelques mouvements littéraires de la fin du siècle.

La raison scientifique installe désormais son empire sur toute autre raison. Car le XIXe siècle est l’âge de la science. Ce que certains penseurs, tels Shopenhauer ou Nietzsche, vont remettre en cause. Tandis que la mathématique commence à trembler naît l’algèbre de Boole, qui sera un élément fondamental de la lecture informatique ; la géométrie euclidienne est débordée; de multiples domaines échappent à la raison, ainsi l’existence et la foi. Le monde est sans causalité ni raison. Nietzsche appelle l’homme à prendre la vie telle qu’elle est, à la danser. L’existence n’a pas de sens, ni de finalité. Quelles pensées sont convoquées ? Celles des post-kantiens. Kant avait affirmé qu’un savoir absolu est impossible, que l’expérience est fondement de la connaissance, et que la moralité n’est pas de savoir, mais de devoir. Qui s’écarte de Kant ? Fichte, en premier, puis Schelling, et Hegel que certains désignent comme l’Aristote des Temps modernes. Ces gens ont influencé la civilisation occidentale jusqu’aujourd’hui. 

Surgissent alors les pensées politiques et sociales de Saint-Simon, de Fourier, de Proudhon, puis de Marx et Engels qui établissent que la base de l’histoire s’édifie sur le besoin de l’homme que satisfont les forces productives et la coopération entre les hommes. La lutte des classes constitue alors la clef de l’action révolutionnaire.

Mais l’individualisme continue de percer au sein de ces pensées qui se veulent sociales et collectives. Tocqueville met l’individualisme au rang des éléments fondamentaux de la démocratie.

C’est de la pensée de tous ces francs-tireurs du XIXe siècle que nous sommes les héritiers.

 

Gérard LEROY, le 21 août 2015