Le système des castes

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Pour Henri-Luc, en signe de fidèle amitié

   En son principe le système des castes interdit tout métissage. Au sein de la tribu, au contraire, l’interdit d’endogamie, l’obligation de contracter mariage hors de son propre clan, assure entre les groupes humains un perpétuel mouvement de rivalités et d’échanges.

Les compétitions de prestige inter-tribales en sont un exemple typique. Elles ont une influence bénéfique sur la circulation des richesses et des hommes. Tout est prétexte à se parer, festoyer, faire parade de sa puissance et de ses biens matériels. Il s’agit d’attirer l’autre, de séduire, hommes ou femmes de clans étrangers au sein de sa propre communauté. Il s’agit de le ravir, dans le double sens de ce terme, celui de séduction et de rapt. Le rapt est alors symbolique, et largement dédommagé par les présents que le ravisseur est tenu de faire à la famille de celui ou de celle qu’il a enlevé.

Ainsi s’est développé, aussi bien en Mélanésie, au nord de l’Australie, que sur le continent américain ou en Afrique, un système d’échanges fondé sur la réciprocité du don. 

Ce système s’accompagne de la prohibition de l’inceste, premier acte culturel de l’humanité. Car ce système tend à dynamiser la vie des sociétés qui risqueraient, sans lui, de demeurer dans

un état d’isolement. Il permet d’établir entre gens des vallées et ceux des montagnes, entre les hommes du fleuve et ceux de la forêt, entre les tribus maritimes et celles de l’intérieur des terres, un réseau de communication et de troc, aussi complet qu’efficace. On échange les femmes, mais aussi les nacres, les vivres, les techniques, les croyances, les mythes, les idées. Telle est la nécessité profonde à laquelle correspondent ces cérémonies et ces fêtes rituelles qui illuminent la vie collective de l’homme archaïque et sont l’occasion de véritables joutes amoureuses entre jeunes gens et jeunes filles des différents clans, parés de leurs plus beaux atours.

C’était hier, et loin. Est-on bien sûr que nos grandes fêtes nationales, nos grands rassemblements, ne portent pas la trace de l’héritage de ce système archaïque d’échange ?

 

Gérard LEROY, le 11 février 2015