autrui m’oblige

Pour Bernard Ibal, Paul-Serge Ponrouch et son équipe, en hommage amical

   Reconnaissons d’abord qu’autrui nous répulse, ou nous attire. Nous recherchons cependant la proximité avec lui. Ce désir nous révèle à nous-même, donnant une assise à la notion d’altérité, ouvrant finalement à une dimension éthique, malgré tous les mécanismes psychologiques, les refoulements, les angoisses qui l’altèrent.

Je me tourne préférentiellement vers Emmanuel Lévinas pour aborder la question de l’autre. L’autre fait appel à ma sollicitude, à mes sentiments pénétrés d’une moralité immanente. Cette moralité n’est pas constituée seulement comme un système instable et relatif aux valeurs autour desquelles se regroupent ma famille et mon environnement social. « Le fait éthique ne doit rien aux valeurs » écrit Lévinas (1). Les valeurs ne sont pas des hypostases ou des idoles, des drapeaux ou des signes de reconnaissance et ne s’attestent pas dans des applaudissements sociaux. À partir de là se pose la question : « Sur quelles valeurs s’accorder », l’autre et moi, si tant est qu’il y ait des valeurs universelles ? (2). 

La notion d’autrui diffère selon les auteurs. Pour Platon, autrui est une subjectivité à réduire, par la force s’il le faut. Pour Épicure, autrui est une subjectivité à réjouir, par la douceur, l’amitié, la jubilation. Le lien social du Jardin d’Épicure, c’est la douceur, alors que pour Sartre l’autre est un enfer dont le regard est aliénant : « Autrui me juge », et me condamne.

Nous savons par expérience que la rencontre d’autrui précède toute perception d’autrui comme personne ou comme sujet de droit, en cela égal à moi, en cela semblable à moi. Nous ne sommes pas des monades côte-à-côte. Autrui est déjà lié à moi en une intrigue : nous sommes toujours en relation.

Continuer à lire

Pages