Pour Andrée et Élias Slemane, en hommage amical

   Le terme conclave dérive du latin «cum-clave», soit une pièce «fermée à clé». Il désigne à la fois l’espace clos où se déroule l'élection du Souverain pontife et le collège des cardinaux appelé à élire le nouveau Pape.

Du IVe au XIe siècle, l'élection a été marquée par des influences extérieures, des empereurs romains, des Carolingiens et d'autres qui exerçaient le césaropapisme instauré par Constantin. On parlait alors de l'élection du Pontife. Les siècles suivants, le successeur de Pierre, en tant qu'évêque de Rome, était élu avec la participation de la communauté locale. Le clergé sélectionnait les candidats proposés par les fidèles et le Pape était choisi par les évêques.

Au XIe siècle, Le Pape Nicolas II restreindra le scrutin de l’élection du Pape aux seuls cardinaux. Puis Alexandre III au siècle suivant l'a définitivement entérinée, introduisant la majorité des deux tiers des voix, élément qui a perduré jusqu'à aujourd’hui.

En 1268, dix-huit cardinaux se réunissent dans le palais des Papes de Viterbe (limitrophe de la Toscane au nord) pour élire le nouveau Pontife. Selon les spécialistes, ce conclave fut le plus long de l’histoire, le Pape ayant été élu après deux ans et neuf mois. Exaspérés, les habitants de Viterbe décidèrent d’enfermer les cardinaux dans le palais, de murer les portes et retirer le toit. Grégoire X, archidiacre de Liège, alors en Terre Sainte, est finalement élu. On retrouvera les mêmes conditions à Lyon en 1316. Le conclave enfin établi se tient dans un lieu «fermé» de l'intérieur et de l'extérieur.

La structure de l'élection du Pape qu’on connaît aujourd’hui a été établie par Grégoire X en 1274, année du décès de Saint Thomas d’Aquin et de Saint Bonaventure.

Au XVIIe siècle, Grégoire XV introduit l'obligation du vote secret et écrit. En 1904, Pie X interdit le prétendu droit d’exclusivité, doit de veto dont disposait la France, l’Espagne et l’Autriche, leur permettant d’exclure un cardinal. Pie X a également introduit l’obligation de garder le secret sur ce qui se déroule lors du conclave, y compris après l’élection, ainsi que la règle de la conservation des documents, qui ne sont accessibles qu’au Pape.

Après la seconde guerre, Pie XII a introduit quelques nouveautés. En particulier, à partir de la vacance du siège, tous les cardinaux cessent d'exercer leurs fonctions, à l'exception du camerlignue, du pénitencier majeur et du vicaire de Rome. Paul VI, lui, a décidé que les cardinaux ne pourraient être électeurs que jusqu'à l'âge de 80 ans.

La législation en vigueur aujourd'hui pour l'élection du Pape, promulguée par Jean-Paul II en 1996 et modifiée par Benoît XVI en 2013, prévoit, entre autres, que le conclave se tienne dans la chapelle Sixtine, le chemin de la beauté capable de guider l'esprit et le cœur vers l'Éternel. Le motu proprio de Benoît XVI prévoit également qu’après 34 tours de scrutin où il n’y a pas eu d’élection, les cardinaux ne retiennent que les deux noms qui ont reçu le plus de voix au dernier tour, tout en maintenant, même au second tour, la règle de la majorité des deux tiers, nécessaire pour élire le nouveau pasteur de l’Église universelle.

Les fresques de Michel-Ange veillent sur l'élection du Pontife romain. Un nouveau chapitre de l'histoire de l'Église s’ouvre dans la chapelle Sixtine tandis que les yeux du monde convergent, dans l’attente de connaître le nom et d'apercevoir le visage du nouvel évêque de Rome.

 

GérardLeroy, le 21 août 2025