La joie d’avoir un enfant

Pour Bertrand, en hommage affectueux,

   J’entends encore ce père qui, du fond du couloir de la maternité, téléphone à tout le département : « j’ai un fils ! C’est un garçon ! » Et tant pis pour les filles : la joie aurait été la même ! La joie efface les ombres qui viendront plus tard. On ne court pas après. L’enfant comble de joie ses parents, les aînés, et l’entourage aussi. L’enfant, comme chacun des marmots qui s'éparpillent autour, est unique, aimé de façon unique. L’enfantement se réalise précisément ce jour où le père exprime son amour : « Tu es mon enfant. Tu fais ma joie ! »

Jésus sait bien l’amour de son Père. Il est tout pour le Père et le Père est tout pour lui. Un jour, seul sur la montagne avec ses amis proches, Jésus sera saisi par le Père, illuminé, « transfiguré ». Il entendra, ce jour-là, la voie maternelle du Père qui l’a mis au monde.

Fils unique du Père, Jésus est aussi le « premier-né » d’une multitude, de la multitude de ses frères. L’idée nous vient alors de se souvenir d’Isaac, ce premier-né de la smala d’Abraham, ce cadeau que le père crut un moment devoir offrir à Dieu en reconnaissance de ce qu’il avait reçu de Lui : son fils, son unique, qu’il aimait. Dieu intervint pour lui signifier qu’il n’est pas à confondre avec les dieux païens mangeurs d’hommes. Dieu d’Abraham, notre Dieu, n’est pas le Père fouettard qui réclame des hommes des sacrifices, contraint les libertés ou réclame la vie des enfants. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ainsi que d’Ismaël, est le Dieu unique, qui donne. À Abraham il donne le bélier : Dieu pourvoit. C’est même l’étymologie du mont Moriyya, l’esplanade du Temple de Jérusalem, où la tradition juive a situé cet épisode. Là où l’islam a situé le sacrifice d’Ismaël, sur « l’esplanade des mosquées ». Tout près du mont Golgotha.  

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