Pour Florin Dumitrecu en hommage amical
Jésus est à Jérusalem avec ses disciples. Ils errent à la façon des touristes, les yeux grands ouverts devant ces lourdes pierres d’un édifice monumental : le Temple. L'humeur est plutôt badine. Et voilà que Jésus leur déclare : « Ce que vous contemplez, des jours viendront, il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Stupeur ! Jésus plombe l'ambiance. Il fait basculer ses disciples dans un nouveau registre. Et nous à la suite. Ce registre, pourtant, on le connaît : la guerre, les conflits, la famine, les persécutions, les fake news et ses prophètes,… nous sommes noyés dans les crues angoissantes d’incertitudes.
Pour les disciples de Jésus comme pour nous aujourd’hui, la Parole de Jésus est étrange. L’espérance tient-elle encore ? « Ce que vous contemplez, (...), il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Seulement voilà : les guerres, les conflits, les invasions de criquets comme les invasions de territoires ne sont pas des réalités de la fin, mais du temps de notre histoire. C'est l'ordinaire de l’histoire tragique des peuples. « Tout sera détruit ». On n’entend plus que cela. On ne voit plus que cela. Nous sommes pris de vertige : l'anéantissement possède un pouvoir d'attraction. Ne nous arrive -t-il pas en effet d'être engloutis par cette pulsion de mort, cette tendance à tout vouloir voir s'écrouler et que rien ne perdure ?
Une révolution copernicienne est à opérer. Il nous faut passer du modèle géocentrique qui conçoit la terre au centre de tout, au modèle héliocentrique, sous le soleil. Il s'agit de se tourner vers le soleil ! Le mouvement profond de la vie n’est pas circonscrit dans les soubresauts du monde mais aspiré par une dynamique qui vient d’en haut. Perspective renversante. Et heureuse.
Au milieu des tribulations qui traversent ce monde qui passe, ne nous laissons pas tétaniser par les sirènes de la peur. Entendons la promesse de salut faite aux hommes par celui qui est venu se mêler au monde. Se laisser réorienter. C’est ce qu’on appelle la metanoia (gr : changer le regard). Cette conversion est pareille à celle du skieur immobile qui décide d’orienter ses spatules dans le sens opposé. Nous sommes attirés par le tropisme de la lumière. Au baptême, nous le proclamons : “arraché aux ténèbres, que le futur baptisé soit introduit dans le Royaume de lumière !”
Jésus ne fascine pas comme l’idole. Il fait appel à ce qu'il y a de plus noble en nous : notre désir d'aimer, caché dans le sanctuaire de notre coeur. Ce sanctuaire-là a les promesses de la vie éternelle. « Ni la mort ni la vie, ni les choses présentes, ni l’avenir, ni les puissances, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu révélé par le Christ Jésus. Lui seul est Seigneur » (Rm 8, 38).
L’Espérance est notre viatique.
Gérard Leroy, le 9 janvier 2026