Retrouver l’esprit du christianisme

Pour Denise Torgemane, en hommage amical

   « L’esprit du christianisme » (1) est le titre du récent ouvrage du P. Joseph Moingt, s.j., qui, à 103 ans, continue de penser la foi dans une situation de déclin, et de panser les plaies ouvertes par la sécularisation à laquelle réagit ce que je perçois comme une revendication identitaire affirmée en présence de l’islam d’une part, et d’une laïcité qui se radicalise d’autre part. Cet ouvrage s’appuie sur un principe et s’élabore selon une constante qui le parcourt tout entier. Comme un cheval refuse l’obstacle, nombre de chrétiens d’aujourd’hui refusent de surmonter ceux que l’intelligence rencontre dans l’acte de croire en glissant paresseusement du côté de l’irrationnel charismatique ou en cédant à un sens du mystère frelaté. Le P. Moingt en appelle donc à un retour à l’Événement fondateur, et à puiser aux sources de la tradition apostolique pour retrouver « l’esprit du  christianisme ». 

La foi chrétienne ne se légitime pas d’abord d’une appartenance à une idéologie ou à un groupe valorisant, encore moins à un parti, elle n’immunise pas contre nos bêtises, elle n’est pas propriétaire de la vérité. Nous avons à la libérer de la gangue religieuse que le christianisme a revêtue au IVe siècle, dénoncée par saint Jérôme, qui s’est prolongée par une théologie de la peur et du sacrifice, par un culte et un ritualisme peu à peu étrangers aux sources scripturaires qui sont à retrouver et à communiquer. Distinguer la prédication apostolique de la tradition de l’Église qui lui succède, ça n’est pas les opposer. C’est comprendre le lien sans lequel la tradition n’a pas de sens.

Il apparaît aujourd’hui indispensable de revisiter pour les comprendre les gros dogmes de la foi, i.e. l’Incarnation, la Trinité, le Salut etc. sans d’abord veiller à rester dans les clous, sans être épouvanté de la distance éventuelle prise par rapport à l’orthodoxie. Vient alors le moment d’admettre humblement que toute recherche débouchant sur une conviction doit être en capacité de se questionner, d’interroger et de s’amender. 

C’est un chemin difficile parce que scabreux. Mais la génuflexion ne s’opère qu’à partir de la station debout. Rien ne se dit authentiquement de la foi qui n’a pas été authentiquement vérifié. C’est d’ailleurs cette visée qui a inspiré mon dernier ouvrage, L’Événement, paru chez L’Harmattan, partant du sentiment que le christianisme a à retrouver sa source même qui est l’Évangile.

Gérard LEROY, le 2 mars 2019.

(1) Éditions Temps présent, 2019

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