De l’inculturation inévitable de l’Évangile

Pour Denise Torgeman, en hommage amical

   On ne reçoit jamais le donné révélé d’une manière passive. Ce qui nous parvient de l’Évangile est toujours un phénomène intérieur à l’histoire d’un peuple, en connexion étroite avec des médiations socio-culturelles. À travers la formulation des doctrines, les textes de catéchisme, les traités de théologie, la prédication missionnaire, les formes de piété ou les institutions ecclésiales, nous sommes toujours renvoyés à une vision de l’homme et du monde, à une perception de l’espace et du temps, à un mode de rapports entre les hommes. On s’attendait à recevoir les paroles du Seigneur avec le commentaire autorisé qu’en ont fait la tradition et l’enseignement de l’Église ; en réalité, on retrouve le langage d’une société, avec ses interrogations majeures, ses besoins spécifiques et ses préoccupations dominantes, une certaine sensibilisation aux questions du temps et une mentalité propre aux hommes d’une époque et d’une génération.

Cette inculturation inévitable de l’Évangile peut être dite des Évangiles eux-mêmes : ceux-ci sont également l’expression de milieux donnés, avec leur mentalité, leurs questions, etc. On n’en sort pas : dès son origine, et à travers ses diverses mutations à travers l’histoire, le christianisme est toujours un fait culturel ; « il est considéré, et à juste titre, comme une vision du monde et de l’histoire, incarnée dans des coutumes et des rites, donnant lieu à des normes et à des pouvoirs ». C’est ainsi qu’un théologien africain écrit : « Nous avons été évangélisés dans l’univers de la Contre-Réforme avec ses grandeurs et ses servitudes ».

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