Y a-t-il une culture catholique ?

Pour Gérard et Christine Moulin, en hommage amical

   Le catholicisme nous habite avant même que nous ne l’interrogions, nous environne avant même que nous n’allions vers lui, nous parle avant que nous en parlions. Telle est la situation paradoxale du catholicisme, dont certains annoncent la disparition prochaine.

On comprend volontiers le catholicisme comme l’une « des religions du monde ». Marcel Gauchet la spécifiée comme « religion de la sortie de la religion ». Le catholicisme a cependant sa qualification propre. Ne serait-ce qu’un précieux réservoir de valeurs, inscrites dans les sciences positives, la sociologie, le droit, la psychologie, la philosophie, la théologie, l’art, la littérature ?

Le mot « culture » gagne en compréhension à mesure qu’il se libère de confusions conceptuelles  avec l’idéologie, le communautarisme et la civilisation…

L’approche devenue classique de Thomas Mann opposait la Kultur allemande à la Civilisation occidentale. Il défendait l’idée que la culture est ce qui donne une forme spirituelle à la vie, tandis que la civilisation concerne davantage son organisation extérieure.

La distinction des mots « culture » et « civilisation »  chez Melville Herskovitch est plus précise. Celui-ci donne à la civilisation d’être « l’ensemble des formes qui structurent et régissent la vie humaine d’une société définie à l’intérieur de l’espace et du temps »(1). La culture est définie par le même anthropologue comme « l’identité d’un groupe fondée sur la langue, l’histoire, la religion et les coutumes, en un temps et en un lieu ». La « culture » qualifie donc un acte intellectuel par lequel ont été accumulés des éléments de connaissance générale et des critères d’appréhension du monde.

Un autre sens, parfois reçu comme restrictif, désigne le mot culture comme la mémoire d’un héritage de textes, d’œuvres, de rites spécifiques à un monde particulier. L’on parlera ainsi de « culture ouvrière », de « culture rurale », de « culture aristocratique », voire de « culture rock ». La culture en ce sens peut promouvoir à l’école ou à l’université l’acquisition minimale d’une culture chrétienne à la manière dont on acquiert une culture égyptienne ou hindoue.

Continuer à lire

Pages