Pour Marie, ma fille que j’aime et que j’embrasse
« La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure », voilà ce que rappelait le pape François dans Laudato Si’. Le silence, face à la catastrophe, devient une forme de complicité.
Il ne s’agit pas d’ajouter un chapitre à la théologie morale. Il s’agit d’une reconfiguration du discours théologique à partir d’un centre : le Christ cosmique. Ce Christ, célébré par l’hymne aux Colossiens, est aussi celui qui réconcilie toutes choses par le sang de sa croix (Col 1,20). Cette réconciliation n’est pas purement future : elle s’amorce ici et maintenant, dans les choix, les engagements, les solidarités.
La théologie doit donc fournir un discernement christologique face à l’écologie. Elle doit oser dire ce que signifie la seigneurie du Christ dans un monde menacé, ce que signifie l’incarnation dans un monde qui souffre, ce que signifie l’espérance dans un monde en mutation rapide.
Et l’Église doit porter ce discernement, publiquement, prophétiquement. Non comme une option, mais comme une fidélité à sa mission d’annoncer le Royaume jusque dans les entrailles de la terre.
« Notre mère la Terre » est en train de devenir stérile, incapable de nourrir les siens, épuisée par notre égoïsme violent : comment pourra-t-elle enfanter ? Cela n’est pas un simple fait environnemental ; c’est une réalité spirituelle. La théologie ne peut pas rester à distance. Elle est appelée à entendre, à discerner, à parler. Théologiens, entendons-nous le cri de la Terre ? Ce n’est pas un simple appel à la compassion écologique, mais une interpellation à refonder l’espérance chrétienne.
À rebours des eschatologies désincarnées qui « réduiraient cette espérance au seul salut des âmes dans un paradis purement spirituel », nous avons à proposer d’inscrire dans les réseaux concrets notre interdépendance avec le non-humain.
Reprenant l’intuition d’Irénée de Lyon,« le Dieu juste ouvre l’horizon d’une fructification dans une création restaurée ». Cette justice déborde jusqu’aux créatures non humaines. Face à l’angoisse d’une « apocalypse de Gaïa », déesse primordiale, la « Mère des titans », l’ancêtre maternelle de Zeus et de toutes les races divines, ce n’est pas une fuite mystique en avant mais une « révélation de la charité authentique » qu’il faut opposer : une charité incarnée, cosmologique, où aimer son prochain devient inséparable de prendre soin de la Terre. Ainsi, la liberté promue en charité ferait de la Création le Royaume de Dieu lui-même .
Ici se trouve le lieu où l’espérance chrétienne se fait discernement sur l’écologie – où elle devient action.
Gérard Leroy, le 11 septembre 2025.