Le problème soulevé par les soignant(e)s

Pour Suzanne Zahredine, avec mon affection

   Confrontés à la saturation de la capacité des lits de réanimation, l’on se demande si l’on n’a pas sacrifié des vies qui n’iraient guère plus loin ? D’autres s’interrogent, si l’on a été contraint d'abandonner certains malades, sur la dimension économique du choix. A-t-on opté pour le choix le moins coûteux ? Toute valeur n’est pas transposable en termes monétaires. On admet donc difficilement une dialectique qui poserait face à face la perte économique engendrée par le confinement et ce qu’on estime être la valeur —économique ?— des vies humaines.

Le bien commun comprend tout le monde, y compris les personnes âgées, que certains se retiennent d’appeler « usagées ».

Le calcul utilitariste des coûts, qu’on brandit parfois comme absolu, ne prend pas en compte la question morale des obligations que nous avons envers les autres, nos ancêtres, et celle du « lien de civilisation » qui s’établit entre les générations. La santé est un bien, pas nécessairement une valeur, et devrait subordonner, en dépit de leur importance, les considérations économiques. Doit subsister le sens de la responsabilité qu’une génération plus jeune et vigoureuse éprouve pour une autre plus fragile. D’autre part, la pandémie a mis en lumière l’importance des soignants, en particulier le salaire de certaines catégories qui ne bénéficient pas d’une rétribution et d'une reconnaissance à la hauteur de leur contribution. Si nous voulons bien porter un regard sur la valorisation insuffisante de ces métiers, c’est que nous raisonnons indépendamment du verdict du marché.

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