Les gilets jaunes valident un divorce

Pour Bernard Schürr, en hommage amical

   Ce que révèle la situation présente c’est d’abord une crise de foi, pas celle d’un lendemain de réveillon, celle d’une foi dans l’Etat, dans les institutions, dans les partis, dans la démocratie.

Parce que ni l’État, ni les partis, dont c’est la fonction, ne se montrent capables de répondre à la précarité croissante. On se résignait jusqu’ici devant les restrictions qui s’ajoutaient aux suppressions appelées réformes. On acceptait même, voyez votre facture EDF, que soient taxées des taxes ! Un feu couvait. Normal.

Le mouvement des gilets jaunes a mis en évidence une fracture, faisant appel au rétablissement d’un minimum de justice sociale dans un pays où l’écart se creuse sans cesse entre deux France. Écoutons les slogans. Les mots traduisent l’essoufflement généré par une accumulation de contraintes fiscales écrasantes. Aux mots « écoute », « survivre » dans la « précarité » qui reviennent comme un refrain, s’ajoutent les mots « élites », « monarque », « Paris », « ruraux », « province ».

Que se passe-t-il pour qu’on en vienne à séparer une France d’ « en-haut » et une France d’ « en-bas » ? Observons le monde rural, victime d’un abandon mortifère, repérable à partir de la fermeture généralisée des commerces de proximité qui tissaient le lien social dans une petite ville. S’ajoutent la suppression de maternités et d’hôpitaux, la cessation des dessertes ferroviaires dans les gares de campagne etc.

À l’opposé, le mot « élite » proféré maintes fois, désigne ce « monde d'en haut », qui décide, qui distribue, qui légifère, mais aussi la presse, le show-biz, et tous ceux qu’un même terreau social rassemble dans les grandes villes, où tout se joue, au mépris de la désertification des zones rurales et des paysans.

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