Fissures et ruptures

Pour Gaëlle Lermenier, en hommage affectueux

   La société française se fissure, une partie fait le constat d'un "abandon démocratique". C'est la "France des invisibles", la "France d'à côté", celle qu'on n'entend pas, dont on ne relaie pas les colères et qui se sent de moins en moins représentée.

Avec des outils d'analyse différents, des sociologues, des géographes, des politologues et des spécialistes de l'opinion travaillant pour des institutions différentes et parfois concurrentes arrivent au même diagnostic. Au seuil de l'élection présidentielle, ils partageaient la même conviction : la clé de l'élection se trouvait dans la réponse que les candidats apporteraient à cette partie de l'électorat, de plus en plus nombreuse, qui oscille entre colère sourde et résignation rageuse.

"Une rupture d'ordre existentiel s'est produite", affirmait le sociologue et sondeur François Miquet-Marty, auteur de  Les Oubliés de la démocratie (Michalon). Des franges de plus en plus larges de la population ont le sentiment que ce qu'elles vivent n'est relayé par personne. En 2006, un ancien professeur de sémiologie faisait le même constat publiant, avec le sociologue Philippe Guibert, une enquête sur les milieux populaires dont le titre avait marqué les esprits : Le Descenseur social (Plon, Fondation Jean-Jaurès). Récemment, le regard qu'il portait sur la société française était beaucoup plus inquiétant. Plus que jamais, expliquait-il, s'est installée l'idée que « deux France suivent des chemins opposés ». On a vu l’écart se creuser avec la crise des Gilets jaunes.

L'image n'est plus, comme il y a encore quelques années, celle d'une "société à deux vitesses", dont une partie profiterait plus que l'autre des fruits de la croissance. Désormais, une partie de la société a le sentiment qu'elle fait marche arrière parce que l'autre fait marche avant. Comme si le bonheur des uns ne pouvait compter que sur le malheur des autres.

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