Le laïcisme, dérive de la laïcité

Pour Bernard Schürr, en hommage amical

     Comment une société peut-elle, à la fois, se déclarer démocratique et vouloir rejeter l’une de ses composantes, en l’occurrence la frange des croyants ? En revanche, sur quel principe les croyants seraient-ils justifiés à passer outre les lois d’une société qui prévoit de surcroît la liberté de leur exercice religieux ?

La laïcité déduite de la Constitution 1905 s’inscrivait dans un cadre juridique destiné à préserver la liberté de conscience dans un État où coexistent plusieurs familles d’esprit ; l’esprit de la laïcité d’aujourd’hui s’en est éloigné, se revendiquant d’un système philosophique d’inspiration rationaliste qui professe une morale sans transcendance ni référence à aucun absolu. Exit l’approche de la laïcité d’A. Briand qui, de pacifique et tolérant, devient peu à peu hostile et sectaire. Aujourd’hui on range volontiers la laïcité dans le tiroir des solutions aux problèmes liés à la mise en cause de la liberté d’expression. Un préjugé veut rendre les croyances coupables de s’opposer radicalement à la République. Il ne reste plus qu’à éliminer les religions.

Il convient de commencer par distinguer deux types de laïcité : d’une part, la laïcité de l’État, qui se définit par l’abstention, et d’autre part, la laïcité dynamique, qui est celle de la société civile. L'Etat ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte, dit la Constitution. La liberté religieuse est au prix d’une abstention de l'État qui, lui, agnosticisme institutionnel, n’est ni religieux ni athée. La laïcité dynamique est celle de la société civile, où les opinions s'expriment et se publient librement, et permet le dialogue entre des personnes confessant des convictions difficilement conciliables, ce qui implique la reconnaissance mutuelle de la liberté d’expression. De sorte que la laïcité implique le respect d'autrui dans ses différences, et permet la liberté d’expression.

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