Qui prétend que Satan n’existe pas ?

Pour Bernard Schürr, en hommage amical

   Invités aujourd'hui plus qu’hier à porter notre regard vers l’Est, l’angoisse monte.

L’homme est cet hydre en lequel se montrent les crocs de la violence à laquelle Éric Weil l’identifie ; il est encore celui qui use de sa capacité dynamique de liberté, comme l’ont montré saint Paul qui invite l’homme à devenir du pain sans levain, ou Martin Heidegger disant qu’il est cet être pour lequel, au dedans de lui même, il y va de son être même. Une expression courante le fait passer pour un animal intelligent. Retenons celle-ci pour voir s’ériger cette dichotomie de l’animalité et de la bestialité.

La bête que l’on voit, rageuse, indécrottable dans sa détermination n’est pas l’animal. Du moins il ne l’est plus. L’animalité a fait place à la bestialité. Cette métamorphose tient d’une capacité exclusive à l’homme. 

Plutôt que de creuser la faillibilité ou la vulnérabilité pour y trouver le mal, il nous faut penser « mal et finitude », articuler l’inarticulable. Décelons plutôt sa racine dans son approche ontologique reliée à la finitude, moins pour l’assumer que par désir intense et profond de la dépasser.

Nous demeurons des phénomènes limités. À vouloir transcender notre nature nous entrons dans les leurres d’une surnature qu’ouvre pourtant Jésus en s’adressant à son Père : « Toi qui es en moi, et moi en toi, fais que eux aussi soient en nous". Le désir de la perfection nous manque et nous habite.  C’est en voulant atteindre l’infini que nous sommes tentés. C’est en voulant se faire Prométhée que l’invisible Satan sous les traits du dictateur est tenté. Rongé par l’esprit de vengeance il s’est métamorphosé. « Vous serez comme des dieux », lit-il dans le Livre de la Genèse (Gn 3,5). Du coup, l’image de la finitude en l’homme, par quoi nous sommes appelés à nous différencier est jetée aux orties. Elle gêne. Elle semble nous éloigner de cette « image de Dieu » qu’a pourtant pour projet Yahvé (Gn 1,27). 

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