Fauteurs de troubles ou facteurs de paix les religions ?

Aux membres du GIP 11, en hommage amical

   Il y a de quoi s'émouvoir devant la prolifération des conflits. Il y a de quoi s'étonner aussi, surtout depuis qu'au coeur de l'hiver 1989-1990, Berlin et Bucarest parachevaient l'agonie de l'Empire communiste. On croyait que la fin de la guerre froide allait lever les entraves à la coopération internationale, déboucher sur une extension de l'économie de marché, et apaiser la situation.

Rien de tout cela. On continue de se battre. À la conquête de ressources énergétiques, à cause de l'appauvrissement des ressources en eau, des crises alimentaires, des hommes et des enfants errent dans un monde absurde, où des roitelets tyrannisent, où leurs valetailles torturent.

Que faire ? L'endémie des conflits nous convie à endiguer la vague déferlante de violences. Quel diagnostic porte t-on sur cette dramatique situation ? La complexité autant que l'urgence imposent la gravité. La faillite des autorités désoriente ceux qui attendaient un peu de sagesse des gouvernants. Le monde souffre d'un vide de sens, et voit ses premiers malades oublier dans l'alcool et la drogue l’absurdité de ce temps tandis que la soif insatiable de pouvoir se révèle plus fort chez de cyniques individus qui soumettent à leurs caprices la destinée de leur peuple.

L’actualité tragique interpelle la conscience des croyants. Ceux-ci connaissent les responsabilités des religions dans les conflits, et savent qu'elles sont plutôt perçues comme fauteurs de troubles que comme facteurs de paix. On imagine mal que les religions, si chargées de responsabilités dans l’histoire, soient prêtes, chacune et ensemble, à se métamorphoser pour construire des îlots de paix dans l'océan de la barbarie.

Les religions comprennent aujourd'hui leur responsabilité d'acteurs sociaux, et donc leur devoir de s'interroger sur les dispositions qu'elles doivent adopter pour assurer leur rôle. Le problème actuel n'est pas tant celui de la sécularisation mais celui du pluralisme qui s'exprime aujourd'hui à l'intérieur d'espaces qui, jadis, se caractérisaient chacun par une homogénéité culturelle, linguistique, comportementale, religieuse.

La première de ces dispositions serait précisément pour les uns de renoncer à ce sentiment de suprématie arrogante. Pour cela les croyants, de quelque tradition qu'ils se réclament, ont d'abord à corriger l'égocentrisme de leur propre religion calqué sur une vision géocentrique du cosmos, afin qu'elle cesse de revendiquer la place centrale, regardant tournoyer autour d'elle les autres religions comme des électrons en attente de rejoindre le noyau. Cette vision ptoléméenne ne tient pas. Aucune religion ne peut prétendre être l’astre central jusqu’à se substituer à Dieu sans le soustraire de sa foi et se dénier. Dieu est le seul soleil autour duquel doivent tourner toutes les religions, y compris le christianisme. Il ne convient donc pas d'identifier le sujet collectif croyant à l'Objet qui est cru, et absolutiser une religion au nom de l'absolu dont la religion se réclame. L’astre central ne peut être que le Mystère de Dieu.

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Enracinement, universalité… œcuménisme?

Pour Patrick Duprez, thibault Remaury, Philippe Perrenoud, Robert Jeandenans, Samuel Mourier,  Albert DUCOURANT, Yves GIORELLO,  Amalita, en hommage amical, et Marie Launay

   Toi, moi, et les autres

Moi. La brièveté d’une histoire individuelle apparaît en regard du temps cosmique, qui s’étend à l’infini. 5 milliards d’années nous séparent du  big bang ! Le temps d’une vie est dérisoire. On a vingt ans un dimanche et quatre-vingts le lendemain. La vieillesse ? On croit que ça n’arrivera jamais. La surprise nous tombe dessus comme la foudre. L’espace compte 200 milliards de galaxies, 70000 milliards d’étoiles, qui explosent et meurent tandis que d’autres naissent, comme les bulles de champagne. Notre système solaire baigne dans une bulle chaude d’1 million de degrés, long de 1000 années-lumière. C’est vertigineux. Les Sages de la Grèce cherchaient déjà le probable principe présidant à l’organisation rationnelle et harmonieuse du cosmos. Edgar Morin s’interrogeait : « Y aurait-il, dans l’organisation cosmique quelque chose qui aurait un caractère cognitif ? ». Le moi singulier est aussi un moi qui partage avec l’humanité. Cette approche intègre deux dimensions qui se rejoignent : l’enracinement et l’universalité.

L’enracinement

L’enracinement est précisément la célébration de tout ce qui a valeur de « lieu commun », la coutume, la langue, les traditions, les mythes et tout ce qui, en un temps et en un lieu, rassemble en un groupe les réflexes culturels. Le « je pense donc je suis » devient « je pense donc je suis de quelque part ». La fonction de l’enracinement peut être vécue sous le mode de la fermeture ou de l’ouverture, de l’isolement ou de l’échange. Sous le mode de l’ouverture quand nous acceptons qu’une identité n’est jamais définitivement acquise mais qu’elle se construit avec les aléas de la vie. L'expression « enracinement » peut se charger de valeurs plus spatiales —je suis né là— ou plus temporelles —au XXe s.—. L’enracinement devient synonyme de continuité. Une identité n'est jamais définitivement acquise. Le terme enracinement peut-être rapporté au terme culture, à comprendre comme un ensemble traditionnel, à la fois régulateur et créateur de comportements, de connaissances et de croyances, à l’intérieur d’un groupe autonome. Le soi est alors la somme des repères identificatoires que sa culture et sa société mettent à sa disposition.

L’universalité

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"Conduis-là vers l'unité parfaite..."

Pour Patrick Duprez, Thibault Remaury, Philippe Perrenoud, Robert Jeandenans, Samuel Mourier, Albert Ducourant, Yves Giorello,  Amalita, en hommage amical

   Dans son message de Noël, le patriarche de Constantinople aborde la fragmentation du christianisme, qualifiant d'inacceptable l'indifférence envers les divisions, en particulier lorsqu'elles s'accompagnent de fondamentalisme et de rejet du dialogue inter-chrétien. Trois semaines après les commémorations historiques du 1700e anniversaire du Concile de Nicée, il confie la poursuite de l'effort œcuménique aux jeunes générations.

«Le Verbe de Dieu est né une fois dans la chair, mais il désire toujours naître dans l'esprit par amour pour ceux qui le désirent». Par ces mots du saint byzantin Maxime le Confesseur, vénérable père de l’Église, le patriarche œcuménique de Constantinople initie son traditionnel message de Noël. Rappelant le sens originel de la naissance du Christ, Bartholomée en souligne l’actualité: «La Nativité ne nous renvoie pas à un événement du passé, mais nous guide vers le royaume céleste du Père, du Fils et du Saint-Esprit».

Dans un monde où résonnent le bruit des armes, «la paix dans le monde angélique retentit» et la voix du Seigneur bénit «ceux qui font la paix», écrit le primat de l’Église orthodoxe, affirmant qu’une foi authentique en Dieu vivant renforce la lutte pour la paix et la justice, même lorsque surviennent «des obstacles humainement insurmontables».

Œuvrer pour l'unité des chrétiens est non négociable. En travaillant à l’unification, en enseignant aux hommes que « tout » désire Dieu, en les invitant à prendre conscience par-delà l’infinie multiplicité de leurs actions du ressort secret qui les meut, la chrétienté doit accueillir en elle le désir de règne universel. Où est la paix véritable sinon dans le désir  commun du Bien véritable.

Selon le patriarche, «l'huile de l'expérience religieuse doit être utilisée pour guérir les blessures et non pour raviver le feu des conflits militaires». L'Évangile de la paix concernant tout particulièrement les chrétiens, le patriarche orthodoxe s’exprime sur leur unité : «Nous considérons qu'il est inadmissible de rester indifférent face à la fragmentation de la chrétienté, surtout lorsque cette attitude s'accompagne d'un fondamentalisme et d'un rejet explicite du dialogue inter-chrétien qui vise en fin de compte à transcender les divisions et à réaliser l'unité». «L'obligation d'œuvrer pour l'unité des chrétiens n'est pas négociable», a-t-il relevé, exhortant la jeune génération chrétienne à poursuivre les efforts des pionniers du mouvement œcuménique.

Le Patriarcat œcuménique de Constantinople, et de nombreuses communautés qui en dépendent, ont célébré Noël le 25 décembre, ayant abandonné le calendrier julien. Le maintien de la date du 7 janvier respecte toutefois les traditions locales.

Gérard Leroy, le 16 janvier 2026

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