"Conduis-là vers l'unité parfaite..."

Pour Patrick Duprez, Thibault Remaury, Philippe Perrenoud, Robert Jeandenans, Samuel Mourier, Albert Ducourant, Yves Giorello,  Amalita, en hommage amical

   Dans son message de Noël, le patriarche de Constantinople aborde la fragmentation du christianisme, qualifiant d'inacceptable l'indifférence envers les divisions, en particulier lorsqu'elles s'accompagnent de fondamentalisme et de rejet du dialogue inter-chrétien. Trois semaines après les commémorations historiques du 1700e anniversaire du Concile de Nicée, il confie la poursuite de l'effort œcuménique aux jeunes générations.

«Le Verbe de Dieu est né une fois dans la chair, mais il désire toujours naître dans l'esprit par amour pour ceux qui le désirent». Par ces mots du saint byzantin Maxime le Confesseur, vénérable père de l’Église, le patriarche œcuménique de Constantinople initie son traditionnel message de Noël. Rappelant le sens originel de la naissance du Christ, Bartholomée en souligne l’actualité: «La Nativité ne nous renvoie pas à un événement du passé, mais nous guide vers le royaume céleste du Père, du Fils et du Saint-Esprit».

Dans un monde où résonnent le bruit des armes, «la paix dans le monde angélique retentit» et la voix du Seigneur bénit «ceux qui font la paix», écrit le primat de l’Église orthodoxe, affirmant qu’une foi authentique en Dieu vivant renforce la lutte pour la paix et la justice, même lorsque surviennent «des obstacles humainement insurmontables».

Œuvrer pour l'unité des chrétiens est non négociable. En travaillant à l’unification, en enseignant aux hommes que « tout » désire Dieu, en les invitant à prendre conscience par-delà l’infinie multiplicité de leurs actions du ressort secret qui les meut, la chrétienté doit accueillir en elle le désir de règne universel. Où est la paix véritable sinon dans le désir  commun du Bien véritable.

Selon le patriarche, «l'huile de l'expérience religieuse doit être utilisée pour guérir les blessures et non pour raviver le feu des conflits militaires». L'Évangile de la paix concernant tout particulièrement les chrétiens, le patriarche orthodoxe s’exprime sur leur unité : «Nous considérons qu'il est inadmissible de rester indifférent face à la fragmentation de la chrétienté, surtout lorsque cette attitude s'accompagne d'un fondamentalisme et d'un rejet explicite du dialogue inter-chrétien qui vise en fin de compte à transcender les divisions et à réaliser l'unité». «L'obligation d'œuvrer pour l'unité des chrétiens n'est pas négociable», a-t-il relevé, exhortant la jeune génération chrétienne à poursuivre les efforts des pionniers du mouvement œcuménique.

Le Patriarcat œcuménique de Constantinople, et de nombreuses communautés qui en dépendent, ont célébré Noël le 25 décembre, ayant abandonné le calendrier julien. Le maintien de la date du 7 janvier respecte toutefois les traditions locales.

Gérard Leroy, le 16 janvier 2026

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Prolégomènes au travail œcuménique

Pour le pasteur Philippe Perrenoud., Patrick Duprez, Albert Ducourant, Yves Giorello, Samuel Mourier, Denise Torgemane, Religions pour la paix.

   Le dialogue s’est ravivé à Istanbul entre le pape Léon et le patriarche Bartholomée, comme une forme de synodalité œcuménique

Le dialogue nous révèle à nous-mêmes, nous aide à nous mieux comprendre. Tout dialogue suppose la reconnaissance de l’autre comme autre. Non le même. Et l’ouverture à ce qu’on admet qu’il puisse nous apporter. Mais le dialogue va plus loin. L'expression de la pensée d’autrui a un rôle d’incitation, elle veut communiquer un contenu. Puis-je l’accueillir, puis-je m'en enrichir s’il apporte vraiment autre chose que ce que jusqu'ici je crois vrai ? Nous visons un point qui nous relie, encore indéterminé mais certainement situé au-delà d’une position actuelle inconciliable.

Le travail en faveur de l’œcuménisme , comme du dialogue inter-religieux, invite les croyants à se convertir. En cela même qu’une conversion est une ré-interprétation de soi-même, une mise en question de ses principes. Ce travail n’érode pas la foi. C’est dans la foi que nous nous engageons au respect de ceux qui ne la partagent pas. Pour cela, il convient d’abandonner le scepticisme dogmatique. L’Absolu, qu’on croit parfois détenir, est souverain et nous est en principe commun.

L'ouverture au dialogue nous place en attente de ce que les autres nous apportent, un ébranlement. En ce sens Nicolas Berdaïev pouvait écrire avec raison qu’une attitude sincère à l'égard du problème œcuménique suppose de la part de chaque interlocuteur un sentiment de sa propre incomplétude et un effort pour se compléter.

Ce qui implique de façon nécessaire, mais suffisante, la conscience de ne pouvoir identifier totalement ce que je tiens présentement en l'état ou je le tiens présentement.

L'horizontalité du dialogue ramène chacun à la verticale de ses principes.

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Dialogue inter-religieux et modernité

Pour Patrick Valdrini, Amalita, Patrick Duprez, Albert Ducourant, en hommage amical

Le concept de dialogue est corollaire d’empathie, de convivialité et d’hospitalité.

Observons l'écart considérable qui s’est créé aujourd'hui entre le dialogue judéo-chrétien, en progrès, et le dialogue islamo-chrétien, en stagnation. On s’appuie, aujourd'hui par rapport à l'islam, aux discours de nostra aetate et à celui  de Jean-Paul II à Casablanca.

Le christianisme contemporain a développé une réflexion assez révolutionnaire sur la théologie des religions, qui a conduit au passage de la théologie traditionnelle du salut des infidèles à une théologie du pluralisme des religions ; mais il faut maintenant se détacher des interprétations en termes de « mauvais pluralisme »  et de « bon pluralisme ». Il serait judicieux de travailler sur la notion de «vérités différentes», et non plus sur «le vrai et le faux». Il est nécessaire d’introduire une approche de l'histoire générale du Salut,. Partant de la formule traditionnelle « Hors de l’Eglise, point de Salut », soulignons l’importance de l'ouverture de la réflexion chrétienne effectuée sur le Salut et l’importance d’approfondir la notion théologique des « semences du verbe » et de s'interroger sur l'accomplissement de la venue du Christ.

Sur le plan théologique, il demeure que le dialogue inter-religieux est d'une grande utilité face aux défis de la mondialisation. L’affirmation du respect de « l'humain authentique », le combat pour la justice et la protection de la création sont des éléments d'un dialogue islamo-chrétien qui, aujourd’hui, s’enlise.

En résumé, nous avons à plaider pour une réflexion théologique sur l'unicité de Dieu, et pour une réflexion commune des grands monothéismes sur l’humanisme. Autrement dit la question de la foi dans son rapport à la foi des autres doit être posée. Vatican I avait insisté sur la « foi-contenu », alors que la réaction des chrétiens a consisté à privilégier la « foi-démarche ».

Le théologien protestant John Hick a été l'un des premiers à s'interroger sur la problématique du dialogue entre le christianisme et les autres religions appréhendée d’un point de vue théologique. Sans entrer dans le détail de sa réflexion et sur les suites qu'elle a engendrées, nous pouvons néanmoins affirmer aujourd’hui que ni les tenants de la « foi-contenu », ni les tenants de la « foi-démarche » ne peuvent permettre un réel dialogue inter-religieux.

Car un tel dialogue suppose l'ouverture de nombreux chantiers :

-    Sur la médiation du Christ et sa signification

-    Sur la signification du Salut. Le Salut est-il dans l'au-delà, ou commence-t-il ici-bas ?

-    Sur la place de l'église dans le dialogue

-    Y a-t-il une révélation ou des révélations ?

-    La foi chrétienne et la foi des autres 

-    L'articulation entre le dialogue et la mission

Se donner cette tâche c’est ouvrir un chantier.

Gérard Leroy, le 3 octobre 2025

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